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Achronologie

Mercredi 9 juillet 2008



Des abeilles dans la lavande, le soleil dans les feuilles du charme, un petit nain qui se gondole au milieu des œillets et un été de plus.

Merci à ma toute bichette qui par deux fois aujourd'hui y a pensé et fut la première dès potron-minet.

Merci à "la del pelo tan largo" éternelle voyageuse, à Vesoul aujourd'hui, en Espagne demain et qui apprend enfin le bonheur d'aimer

Merci à celle de si près pour cet improbable appel

Merci à ma belle, ma douce qui s'en va convoler au moment où je m'envole.

Merci à mes êtres chers qui presque à l'unisson sont venus chacun dans le creux de l'oreille me glisser leur tendresse

Merci à toi qui par-delà le silence et le temps as posé des mots de paix juste là où il fallait pour rendre la peine plus légère et les souvenirs encore plus doux.

Merci à toi trois fois aimé, de même chair et de même sang, pour tes bras ouverts puis sur moi refermés et les dragons terrassés.

Des abeilles dans la lavande, le soleil dans les feuilles du charme, juste un été de plus.


 


Par khassiopée
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Dimanche 29 juin 2008


Lot et Garonne
Villeneuve-Sur-Lot, Bords du Lot
28 juin 2008



Vous êtes toujours aussi jolie – Je ne serai jamais à la hauteur – Et si j'oublie de prendre un comprimé de Malarone ? – Vous êtes la seule à nous avoir tout le temps soutenus – Non, juste quelques maux de tête – Je ne sais pas Norbert, je ne sais pas – Trois semaines, encore trois semaines – Six bouteilles de Tariquet ? – Merci pour ces deux années avec vous – Tu as encore maigri non ? – Tu as une bien jolie robe – Mamy, tu viens voir mon "pestacle" ? – Il n'y a pas de moustiques à cette altitude – Adieu parce que je sais que nous ne nous reverrons plus – Toi – Tu parles comme j'ai maigri !  - Et après, et après ? – J'espère voir la migration des gnous – Maman est sous oxygène – Il pleut encore – Qu'est-ce qu'il fait chaud ! – Je déteste la fête de la musique – Je suis tellement contente de t'entendre – On a décidé de tous redoubler ! – Un pyjama ou deux ? – Je vais t'envoyer des photos – Il y a un nid au-dessus de la porte du salon – Il ne faut pas que je pleure – Mamy, Mamy, regarde-moi ! – La dernière fois c'était quand ? – J'ai fini de lire "La ferme africaine" – Pas une seule fois ? – Pas une seule – Et si je rate toutes mes photos ? – Surtout ne pas regarder Alexandre – Ma Bichette – Ma confiture de fraise est un délice – Je ne peux pas, je ne peux pas – Je ne suis jamais partie aussi loin - Je t'aime.


 




Par khassiopée
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Mercredi 11 juin 2008


Le jardin de Mrs K
mai 2007


Les géraniums sont plantés, quatre rouges et deux à peine rosés, les œillets aussi et la haie est taillée.

"Il faudrait une mare" a dit enfant n°2, "avec des grenouilles rieuses qui font croâ-croâ ai-je rajouté et puis aussi une fontaine qui coule et fait glou-glou quand le jardin succombe au zénith".  Je n'ai pas parlé du petit nain de jardin qui me tenterait tant, je ne voulais pas que tout le monde se fiche de moi.

"Tiens, tu as taillé le bonsaï" s'est exclamé papy Jean-Claude, c'est vrai qu'il en avait bien besoin". Un groupe de merles s'égosillaient dans le gros charme pyramidal, apparemment enchantés à l'idée de la mare et de la fontaine. "Il y a un mégot de cigarette dans le pommier-bonsaï, a fait remarquer Lao Tseu d'un air dédaigneux, c'est dégoûtant".

Le mégot, c'est moi qui l'ai laissé comme la trace d'un passage, je ne lui ai pas expliqué, elle n'aurait pas compris.

Les géraniums sont plantés, l'été peut arriver il me manque encore une provision de romans, un maillot de bain neuf et des culottes en coton… .

"Tu as vu, a dit enfant n°3, les fleurs des hortensias n'ont pas encore éclos". "Je sais, ai-je répondu, rien n'est comme l'an dernier, même Alice n'est pas revenue". "Mais si, mais si, le temps est pareil,  a soupiré Lao Tseu, l'an passé aussi il pleuvait tout le temps. Tu ne te souviens pas de cet orage quand tu es revenue de Talence ?". Si,  Talence je me souviens. Talence cette année, c'est vendredi que j'y vais.

Des nains de jardin pas chers, il y en a plein à Gifi, peut-être que demain je me laisserai aller à m'en offrir un.


 



Par khassiopée
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Dimanche 11 mai 2008



J'ai déchiré l'enveloppe qui représentait une vue d'avion de Balaruc les Bains sans avoir bien compris qui m'adressait la lettre. Le nom de l'expéditeur n'était pas précisé mais l'écriture, petite et régulière, légèrement inclinée sur la droite, m'avait semblé vaguement familière sans que je puisse toutefois l'identifier.

La carte postale que j'avais à présent entre les doigts, représentait la même vue d'avion ainsi que trois autres clichés de la station thermale. J'ai lu : "ma chère Jojo". Avant, mais il y a longtemps de cela, grand-père me surnommait ainsi et puis mon père, et puis Annick aussi. Comme le hasard a voulu qu'ils soient enterrés à quelques mètres les uns des autres peut-être  m'appellent-ils encore "Jojo" quand je vais les voir mais c'est vrai que ce n'est pas très souvent. Du coup, je ne peux pas savoir ou alors je ne les entends pas très bien. Une chose est certaine, c'est qu'il n'y a plus grand monde aujourd'hui qui ose m'affubler de ce surnom à part maman. Je dois dire que je peux en mourir de honte quand elle le fait en public ! "Mon Jojo, c'est toi" braille-t-elle d'une voix à réveiller tous les morts d'Aquitaine, de France et même de Navarre ; un truc à me faire regretter de ne pas me prénommer "Marie" tout court ou juste Mrs K. Mais maman ne m'écrit plus jamais de carte postale depuis que ce putain de glaucome lui a bousillé la vue pour toujours, donc ce n'était pas elle.

J'ai poursuivi ma lecture, même pas agacée juste très émue parce que je savais qu'il ne restait au monde qu'une personne capable de m'adresser une carte en commençant par "Ma chère Jojo". Mes yeux trébuchaient sur les mots qui ricochaient sur mon cœur "J'ai été très heureuse d'entendre ta voix et d'avoir des nouvelles de ma grande sœur. Toutes ces années, j'ai été en manque d'Elle et de sa famille… J'espère de tout cœur t'entendre à nouveau dès mon retour…. A bientôt ma Chérie avec toute la tendresse et mon affection pour toi et les autres. Tendrement… Tatie".


 

Par khassiopée
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Dimanche 27 avril 2008



Normandie
Coucher de soleil depuis les falaises de Sainte Adresse
26 avril 2008




    On s'est assis tous les trois sur le canapé vert. Moi au milieu entre les deux garçons, Jerry à ma gauche, Michel à ma droite. Lao Tseu n'a pas tardé à nous rejoindre mais il n'y avait plus de place pour elle alors Jerry l'a installée sur ses genoux et le documentaire sur la route du thé en Himalaya a commencé. Je me suis plongée dans les images superbes et j'ai oublié le train de dix-sept heures pour Paris. Par la fenêtre je voyais par moments le ciel bleu et les fleurs roses du cerisier du Japon et dans la pièce j'entendais le bruit des baisers que Jerry répandait sur la tête de Lao Tseu. C'était bon cette tendresse partout autour de nous.
    Quand le documentaire s'est achevé, j'ai regardé Michel jeter ses affaires à la hâte dans sa valise. Je n'ai pas osé lui dire qu'un membre du jury du festival Jules Verne du film d'aventures devrait peut-être prendre une cravate ou un truc comme ça. Mais de toute façon j'étais certaine qu'il n'y avait pas une seule cravate qui vaille dans la jolie maison en briquettes roses alors je me suis tue. Jerry et Lao Tseu à qui j'avais promis une autre balade sur les falaises d'Etretat s'impatientaient autour de nous et j'ai jugé qu'il ne fallait pas les faire attendre et puis, ça m'arrangeait, les trains de dix-sept heures pour Paris ce n'est pas ma tasse de thé. Jerry et Lao Tseu ont filé hors du bureau en sautant partout. Il n'y a plus eu que nous deux dans la pièce alors, il a ouvert ses bras et les a refermés autour de moi. Sur ma peau, sa joue fraîchement rasée était infiniment douce.
    Je suis sortie sans me retourner. Dehors, le chien et l'enfant dansaient dans la lumière.



Par khassiopée
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Mercredi 5 mars 2008

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Lao Tseu, mai 2004


 

- Le 5 mars 2004 Lao Tseu voyait le jour à Ambarès en Gironde. Je crois qu'elle ne s'en souvient pas très bien.

- Le 5 mars 2004 Papy Jean-Claude fêtait ses 74 ans mais il avait la tête à autre chose.

- Le 5 mars 2004 je m'apprêtais à célébrer la journée de la femme : il y aurait Jackie et Marie-Danielle, Claude et Chris et puis aussi Wang, Nono, Ondine et les autres

- Le 5 mars 2004 j'ai acheté trois chemises de nuit neuves qui n'ont jamais servi.

- Le 5 mars 2004 j'ai peut-être fait les courses à Auchan et je ne savais pas que Lao Tseu était née.

- Le 5 mars 2004 Wang m'a fait la fête quand je suis rentrée à la maison, Wang me faisait toujours la fête même quand je revenais juste d'aller chercher le courrier.

- Le 5 mars 2004 j'ai fait des recherches sur l'Alsace pour ce voyage au mois de mai

- Le 5 mars 2004 c'était six jours avant le 11

- Le 5 mars 2004 Lao Tseu devait couiner entre son frère et sa sœur, d'ici je ne l'entendais pas très bien.

- Le 5 mars 2004 je ne savais pas encore, je ne savais pas encore…

 

Par khassiopée
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Mercredi 16 janvier 2008


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            Le rideau de fer est à moitié fermé. Sur la vitrine une affichette griffonnée à la main précise laconique : "Le magasin est définitivement fermé à partir du 31 décembre 2007. Le studio François vous remercie pour votre fidélité. En cas de réclamations appeler au 0553…… ." je relis incrédule espérant m'être trompée.  Mais le courrier qui s'amoncelle derrière la porte et qu'on ne ramasse plus, les étagères vides et les murs blancs sont autant de signes tangibles d'un abandon définitif des lieux par leur propriétaire. Le Studio François n'existe plus…

J'ai quatre ans, cinq peut-être et l'on me conduit y faire mes premières photos d'identité que l'autorité compétente apposera sur le passeport de ma mère. François A. exulte en me faisant prendre la pause devant l'objectif. François A. est un ami de mon père, il est photographe et il joue aussi de la clarinette. Je ne comprends pas ce qu'ils disent, ils parlent en espagnol. De toute façon leur discussion ne m'intéresse pas, je suis fascinée par la chambre noire et les bains de révélateur et aussi par les films qui sèchent sur une corde comme dans les films à la télé que nous venons d'acheter. François A. est un personnage rare, haut en couleur ; son phrasé se précipite et les mots explosent hors de sa bouche en gerbes de postillons : il a quelque chose de Salvador Dali dans l'accent et la fantaisie d'un De Funès à ses heures de gloire.

C'est lui qui me vendit mon premier appareil photo, un Fujica ST 705 et tout le matériel qui allait avec. J'avais vingt et un ans et je partais à Prague. La mort vint le cueillir brutalement quelques années plus tard et je sais que sa disparition fut un déchirement pour mon père. C'est ce jour-là que j'appris qu'ils s'étaient connus au camp d'Argelès.

Ce fut P. son jeune assistant qui reprit l'affaire qui avait pignon sur rue. En plus des photos d'identité, des photos de mariage et de portraits d'art,  P. couvrait pour la presse locale la plupart des reportages photographiques des événements culturels et sportifs de la Bastide dont il assurait le développement et les tirages en noir et blanc. A quelques coups de peinture près, il ne changea pratiquement rien à l'agencement de la boutique et elle est aujourd'hui comme elle est dans mes  souvenirs, sauf peut-être les rideaux en velours rouge qui disparurent un beau jour mais je ne me souviens plus quand.

Puis, vint l'ère du numérique et peut-être comme une nostalgie du passé et de l'argentique, comme un refus de l'inéluctable qui finit par le rattraper et le faire sombrer comme tant d'autres.

J'écrase mon nez contre la vitre sale et je pense que je ne sais pas où je vais aller faire faire mes photos d'identité pour mon passeport.


Par khassiopée
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