Des abeilles dans la lavande, le soleil dans les feuilles du charme, un petit nain qui se
gondole au milieu des œillets et un été de plus.
Merci à ma toute bichette qui par deux fois aujourd'hui y a pensé et fut la première dès
potron-minet.
Merci à "la del pelo tan largo" éternelle voyageuse, à Vesoul aujourd'hui, en Espagne demain
et qui apprend enfin le bonheur d'aimer
Merci à celle de si près pour cet improbable appel
Merci à ma belle, ma douce qui s'en va convoler au moment où je m'envole.
Merci à mes êtres chers qui presque à l'unisson sont venus chacun dans le creux de l'oreille
me glisser leur tendresse
Merci à toi qui par-delà le silence et le temps as posé des mots de paix juste là où il
fallait pour rendre la peine plus légère et les souvenirs encore plus doux.
Merci à toi trois fois aimé, de même chair et de même sang, pour tes bras ouverts puis sur moi
refermés et les dragons terrassés.
Des abeilles dans la lavande, le soleil dans les feuilles du charme, juste un été de
plus.
Par khassiopée
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J'ai déchiré l'enveloppe qui représentait une vue d'avion de Balaruc les Bains sans avoir bien
compris qui m'adressait la lettre. Le nom de l'expéditeur n'était pas précisé mais l'écriture, petite et régulière, légèrement inclinée sur la droite, m'avait semblé vaguement familière sans que
je puisse toutefois l'identifier.
La carte postale que j'avais à présent entre les doigts, représentait la même vue d'avion
ainsi que trois autres clichés de la station thermale. J'ai lu : "ma chère Jojo". Avant, mais il y a longtemps de cela, grand-père me surnommait ainsi et puis mon père, et puis Annick
aussi. Comme le hasard a voulu qu'ils soient enterrés à quelques mètres les uns des autres peut-être m'appellent-ils encore "Jojo" quand je vais les voir mais c'est vrai que ce
n'est pas très souvent. Du coup, je ne peux pas savoir ou alors je ne les entends pas très bien. Une chose est certaine, c'est qu'il n'y a plus grand monde aujourd'hui qui ose m'affubler de ce
surnom à part maman. Je dois dire que je peux en mourir de honte quand elle le fait en public ! "Mon Jojo, c'est toi" braille-t-elle d'une voix à réveiller tous les morts d'Aquitaine, de France
et même de Navarre ; un truc à me faire regretter de ne pas me prénommer "Marie" tout court ou juste Mrs K. Mais maman ne m'écrit plus jamais de carte postale depuis que ce putain de glaucome lui
a bousillé la vue pour toujours, donc ce n'était pas elle.
J'ai poursuivi ma lecture, même pas agacée juste très émue parce que je savais qu'il ne
restait au monde qu'une personne capable de m'adresser une carte en commençant par "Ma chère Jojo". Mes yeux trébuchaient sur les mots qui ricochaient sur mon cœur "J'ai été très
heureuse d'entendre ta voix et d'avoir des nouvelles de ma grande sœur. Toutes ces années, j'ai été en manque d'Elle et de sa famille… J'espère de tout cœur t'entendre à nouveau dès mon retour….
A bientôt ma Chérie avec toute la tendresse et mon affection pour toi et les autres. Tendrement… Tatie".
Par khassiopée
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Lao Tseu, mai 2004
- Le 5 mars 2004 Lao Tseu voyait le jour à Ambarès en Gironde. Je crois qu'elle
ne s'en souvient pas très bien.
- Le 5 mars 2004 Papy Jean-Claude fêtait ses 74 ans mais il avait la tête à autre
chose.
- Le 5 mars 2004 je m'apprêtais à célébrer la journée de la femme : il y aurait
Jackie et Marie-Danielle, Claude et Chris et puis aussi Wang, Nono, Ondine et les autres
- Le 5 mars 2004 j'ai acheté trois chemises de nuit neuves qui n'ont jamais
servi.
- Le 5 mars 2004 j'ai peut-être fait les courses à Auchan et je ne savais pas que
Lao Tseu était née.
- Le 5 mars 2004 Wang m'a fait la fête quand je suis rentrée à la maison, Wang
me faisait toujours la fête même quand je revenais juste d'aller chercher le courrier.
- Le 5 mars 2004 j'ai fait des recherches sur l'Alsace pour ce voyage au mois
de mai
- Le 5 mars 2004 c'était six jours avant le 11
- Le 5 mars 2004 Lao Tseu devait couiner entre son frère et sa sœur, d'ici je ne
l'entendais pas très bien.
- Le 5 mars 2004 je ne savais pas encore, je ne savais pas encore…
Par khassiopée
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Le rideau de fer est à moitié fermé. Sur la vitrine une affichette griffonnée à la main précise laconique : "Le
magasin est définitivement fermé à partir du 31 décembre 2007. Le studio François vous remercie pour votre fidélité. En cas de réclamations appeler au 0553…… ." je relis incrédule espérant
m'être trompée. Mais le courrier qui s'amoncelle derrière la porte et qu'on ne ramasse plus, les étagères vides et les murs blancs sont autant de signes tangibles d'un
abandon définitif des lieux par leur propriétaire. Le Studio François n'existe plus…
J'ai quatre ans, cinq peut-être et l'on me conduit y faire mes premières photos
d'identité que l'autorité compétente apposera sur le passeport de ma mère. François A. exulte en me faisant prendre la pause devant l'objectif. François A. est un ami de mon père, il est
photographe et il joue aussi de la clarinette. Je ne comprends pas ce qu'ils disent, ils parlent en espagnol. De toute façon leur discussion ne m'intéresse pas, je suis fascinée par la chambre
noire et les bains de révélateur et aussi par les films qui sèchent sur une corde comme dans les films à la télé que nous venons d'acheter. François A. est un personnage rare, haut en couleur ;
son phrasé se précipite et les mots explosent hors de sa bouche en gerbes de postillons : il a quelque chose de Salvador Dali dans l'accent et la fantaisie d'un De Funès à ses heures de
gloire.
C'est lui qui me vendit mon premier appareil photo, un Fujica ST 705 et tout le
matériel qui allait avec. J'avais vingt et un ans et je partais à Prague. La mort vint le cueillir brutalement quelques années plus tard et je sais que sa disparition fut un déchirement pour mon
père. C'est ce jour-là que j'appris qu'ils s'étaient connus au camp d'Argelès.
Ce fut P. son jeune assistant qui reprit l'affaire qui avait pignon sur rue. En
plus des photos d'identité, des photos de mariage et de portraits d'art, P. couvrait pour la presse locale la plupart des reportages photographiques des événements
culturels et sportifs de la Bastide dont il assurait le développement et les tirages en noir et blanc. A quelques coups de peinture près, il ne changea pratiquement rien à l'agencement de la
boutique et elle est aujourd'hui comme elle est dans mes souvenirs, sauf peut-être les rideaux en velours rouge qui disparurent un beau jour mais je ne me souviens
plus quand.
Puis, vint l'ère du numérique et peut-être comme une nostalgie du passé et de
l'argentique, comme un refus de l'inéluctable qui finit par le rattraper et le faire sombrer comme tant d'autres.
J'écrase mon nez contre la vitre sale et je pense que je ne sais pas où je vais
aller faire faire mes photos d'identité pour mon passeport.
Par khassiopée
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