Histoires d'hommes

Publié le 19 Mai 2007



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Histoires d'Hommes


Mon père a reçu son diplôme d'instituteur le 19 avril 1932 à Jaén en Espagne. Je suppose qu'il en a retiré une grande fierté, mais il n'en a jamais parlé à la maison. Je sais juste qu'il a attendu plusieurs mois les résultats du concours et que cette attente lui avait été insupportable. Il est ensuite parti à Grenade pour y effectuer son service militaire. J'ignore combien de temps exactement, mais je crois qu'à cette époque les jeunes-gens restaient deux ans sous les drapeaux. A Valdepeñas, dans la boite à souvenirs de mon oncle Blas, son frère cadet, j'ai retrouvé une photo de lui en militaire. C'est une photo d'identité de très mauvaise qualité sur laquelle j'ai eu du mal à le reconnaître. Mon oncle a qui je demandais "Voyons Tonton, tu es sûr que c'est papa ?" m'a conseillé de regarder l'inscription qui était portée au dos. C'était bien sa main qui avait tracé les quelques lignes qui s'adressaient à ma grand-mère : "Se la dedico a mi madre de su hijo Pedro".
 

Juste après sa mort il y a cinq ans, j'ai découvert que mon père avait lui aussi une boite à souvenirs. Dans une vieille mallette de cuir noir très laide, il conservait les trésors de son passé. Quand je l'ai ouverte, j'ai eu l'impression de profaner son jardin secret. Il y avait peu de choses, mais c'était l'essentiel de sa vie : une photo des ses parents, sa carte nationale d'instituteur délivrée le 7 mars 1936, sa carte nationale d'identité délivrée par le vice-consulat d'Agen le 11 novembre 1943, son diplôme d'instituteur, un exemplaire de son livre d'apprentissage de la lecture "Paso a paso" qui ne fut jamais édité parce que l'histoire en décida autrement et, allez savoir pourquoi, un vieux numéro spécial hors-série du magazine espagnol Cambio 16 sur la Guerre Civile espagnole.

 

"Tu te rends compte comme j'étais beau" m'avait-il dit un jour en me montrant la photo de sa carte d'instituteur. Et c'est vrai qu'il était beau, comme le sont tous les hommes de sa famille qui possèdent tous, quelque soit la génération, cette même intensité dans le regard et la même bouche boudeuse et sensuelle. De la photo de sa carte d'identité il ne me parla pas. Il la subtilisa rapidement à mes yeux curieux et je ne la revis qu'en ce mois de novembre frileux de 2001 où il n'était plus là pour m'expliquer que sur cette photo son visage émacié porte encore les traces de tous ces mois passés au camp de réfugiés d'Argelès à crever de faim et de froid sous le regard narquois des petits français qui venaient les contempler, comme on va au zoo, ou leur jeter des pierres par-dessus les barbelés.

 

Dans la mosaïque, il y a une photo de mon plus jeune fils, jeu de miroir surprenant, histoire de gènes miraculeux qui survivent pour que ceux de leurs ancêtres ne meurent jamais.


 

Rédigé par khassiopée

Publié dans #Achronologie

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A
émouvant, bel hommage
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Y
j'aime ce photomontage, tu t'en doutes, bel hommage et bel effet miroir. Traces indélébiles, gènes qui perdurent, et comme on en est fier. Bisous à toi Khassiopée
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N
et bien demain je ferais une biz au mien avant qu'il ne soit plus
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F
Merveilleuses photos de famille, dont le noir et blanc donne aux traits cette profondeur nostalgique et lointaine.<br /> Bises<br /> Fabrice
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L
Ca a du être un voyage dans le passé très émouvant.<br /> C'est vrai qu'il y a une grande ressemblance entre ton fils et son grand-père. Je suis curieux comme >Morena de savoir qi toi tu ressembles à ton papa.
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M
c'est touchant....
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C
L'histoire du village Andalous ressurgit dans cet article. Quel bel hommage rendu à ton papa.<br /> Bonne soirée Khassiopée, je t'embrasse.
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C
C'est vrai que c'est troublant de découvrir ses parents à travers leurs souvenirs ...
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S
tu me donnes envie de fouiller dans le passé de mes parents !
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K
Il faut farfouiller avec délicatesse mais, tu en apprend plein sur toi.
E
Bonsoir<br /> ces lignes d'une grande intensité sont très belles; je partage l'avis de Morena sur la force de la mémoire et le devoir que nous avons de maintenir cette mémoire auprès de nos descendants: ils doivent savoir d'où ils viennent, qui ils sont sont.... Merci pour ces pages que vous nous offrez.
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M
Au fait : tu lui ressembles, à ton Papa.
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M
C'est malin, je pleure. Et je me souviens de tes confidences. Et je pleure encore. Je lis entre tes lignes toute ta fierté, toute ta peine, et toute l'envie que tu as de serrer ton père dans tes bras. Magnifique photomontage. <br /> Merci pour ces articles si personnels et qui font que tu tu touches une fibre spéciale, celle de la mémoire que nous devons entretenir. Cette mémoire-là me touche précisément pour les raisons que tu connais. Mais elle est universelle. Je raconte n'importe quoi. Je m'en vais. J'ai pensé à toi sur l'autoroute au retour de Bretagne ce soir. Un besito fuerte fuerte.
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B
Oui, les ressemblances sont émouvantes....Et en même temps, as-tu remarqué comme les vieux couples se ressemblent? Il n'y a pas que les gènes. il y a aussi une lente imprégnation de l'environnement. Nul ne meurt jamais.
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M
Bonsoir Khassiopée, j'aime vraiment beaucoup cette écriture pudique et respectueuse pour évoquer cet homme si important pour toi, ton papa !<br /> Bonne soire,
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