L'Education Nationale fait le ménage !
Publié le 13 Novembre 2007
Il était une fois un Lycée professionnel de l'Académie de Bordeaux qui coulait des jours (presque) tranquilles au fond de sa campagne. Rien ne manquait (ou presque à son bonheur) : l'internat avait été refait en 2006 et l'atelier d'électrotechnique pas plus tard qu'en juin de cette année. Le montant de cette dernière tranche de travaux s'élevait, si les chiffres sont exacts, à la modeste somme d'un million d'euros. A la rentrée un jeune collègue de la spécialité avait été nommé dans l'établissement et un autre, était entrain de faire achever la construction de sa maison.
Il y a quatre jours, le chef d'établissement a réuni l'ensemble des équipes pédagogiques pour leur annoncer que par décision académique le BEP électrotechnique serait définitivement fermé à la rentrée 2009 et que cette fermeture serait suivie à très court terme par celle du BEP MEI. Cependant, ce dernier serait remplacé par un Bac Pro en trois ans (contre deux actuellement) puisque la volonté nationale est de supprimer progressivement l'ensemble des BEP et de les remplacer par des Bac Pro en trois ans (contre deux actuellement après l'obtention d'un BEP qui se fait en deux ans également).
Il y avait en Lot et Garonne quatre lycées professionnels qui offraient aux élèves issus de 3ème la possibilité de s'orienter en BEP électrotechnique dont un qui leur proposait en plus une poursuite d'étude en Bac Pro. Seul ce dernier leur offrira à très court terme une orientation en Bac Pro électrotechnique en trois ans.
Qu'est-ce que cela signifie pour les élèves?
Les élèves les plus en difficultés n'auront plus la possibilité d'accéder à un diplôme intermédiaire en formation initiale (CAP ou BEP) et devront donc choisir la voie de l'apprentissage.
Le référentiel des programmes des nouveaux Bac Pro sera forcément revu à la baisse afin de former en trois ans des élèves qui l'étaient auparavant en quatre ans. Il est évident qu'à l'issue de ces trois ans la plupart d'entre eux seront contraints de poursuivre leur formation en BTS pour prétendre avoir le même niveau de compétence que nos bacheliers actuels.
Les élèves qui échoueront au BEP en juin 2009 ne pourront pas redoubler et devront le repasser en candidat libre.
Rien n'est dit pour ceux qui se retrouveraient sans aucun diplôme au terme de ces trois années (ils sont au moins actuellement titulaires d'un BEP).
Qu'est-ce que cela signifie pour les familles ?
Les familles devront souvent accepter de scolariser leurs enfants loin de leur domicile et subir des frais de scolarité supplémentaires.
Qu'est-ce que cela signifie pour les enseignants ?
Je serai tentée de dire "on s'en fout", je sais juste qu'au moins un poste et demi disparaît chez nous l'année prochaine et que deux départs à la retraite ne seront pas remplacés dans trois ans en enseignement professionnel. Il est vraisemblable que nous perdrons aussi un poste en lettres et un poste en Maths.
Ne me demandez pas non plus ce que devient le million d'euros investi chez nous, apparemment c'est le cadet des soucis de notre administration. Les représentants du Rectorat attendus prochainement dans l'établissement n'auraient pas souhaité rencontrer les délégations syndicales ni la présence de la presse ce jour-là. Tout au plus acceptent-ils de s'entretenir avec les collègues de la spécialité.
Voilà, mon histoire est finie. Demain, si je suis moins en colère, je vous en raconterai une autre qui se termine bien.