Les naufragés

Publié le 9 Décembre 2007



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Bassin d'Arcachon, Gujan Mestras
février 2004
  


            - Tu te souviens de cet escalier aux Sables-d'Olonne ?

Je devais avoir quatre ans et lui huit. Les longues heures passées à jouer dessous me reviennent par bribes imprécises. C'était un escalier en bois ciré, immense, monumental dont le renfoncement nous abritait comme la coque d'un navire retourné. Je me souviens oui, mais je ne sais plus ce qui occupait notre temps avec tant d'ardeur.  

         - On jouait à quoi exactement ? j'étais si petite, je ne suis plus très sûre ou je ne veux pas l'être.

Je l'entends rire dans l'écouteur. Il finit par m'avouer un peu gêné que nous étions les héros d'un scénario immuable : une tempête tropicale avait jeté notre navire sur une île déserte. Coûte que coûte nous essayions de survivre sur des terres abandonnées au milieu de nulle part.

         - On appelait ça "jouer aux naufragés".

Une image me traverse la mémoire, impalpable et douce et j'en pleurerais d'un coup de ne pouvoir la retenir et lui à l'autre bout du fil laisse échapper un soupir qui ressemble à un sanglot.

         - Tu es la première fille que j'ai vue nue tu sais ?

Non, je ne sais pas : j'ai ou-bli-é, ou-bli-é. Il se marre tendrement et je maudis les huit cent cinquante kilomètres qui nous séparent. Je voudrais savoir mais je n'ose pas. Je ris bêtement aussi.

         - Dis, on a … on s'est… enfin… tu vois ?

         - Non, ça non ! proteste-t-il presque horrifié. On se regardait juste et puis cela faisait partie du jeu. Quand on naufrage on se retrouve forcément nu à un moment ou à l'autre non ?

Sa voix est tendue et douloureuse, jamais je ne l'ai senti aussi vulnérable. Je repense à notre tente d'indien, à nos élevages de têtards et de scarabées, au chat Pignouf, à nos balades dans Paris. Soudain, je voudrais avoir encore quatre ans et être l'héroïne d'un naufrage sous un escalier de bois monumental.



Rédigé par khassiopée

Publié dans #Achronologie

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C
Le jeu des naufragés ... idéal pour les premières séductions ... ben oui, l'instinct de survie, c'est très suggestif ... J'ai bien envie d'inviter certain sur mon île déserte ...
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M
Bonsoir Khassiopée, quel très beau texte !<br /> A la recherche d'une innocence perdue, la mémoire semble jouer des tours à ton héroïne, mais le souvenir de ces jeux d'enfants méritent bien quelques détours ...<br /> Bises,
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Y
je note aussi la référence... joli texte.
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M
Rosa Monterao, mffff, je vois pas ce qu'elle a de spécial, mffff....
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P
Oh, merci, merci. Ah, tu as noté qu'elle t'a volé ton âme, hein? Je peux pas croire ça, moi! C'est occulte, non?
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N
ça y est ... je veille avec Le Tellier ... je me régale déjà
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F
Me demande si je ne vais pas retourner me coucher, moi.<br /> <br /> (et je note la référence du roman sus cité)
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M
Snirflll. Entre ce texte qui secoue les tripes et la photo et le titre du message précédent, je crois que je vais aller me pendre. Dur dur.
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P
Chère Mrs K., je reviens sur ton blog après huit jours d'absence et je tombe sur ce texte magnifique! Quelle chance j'ai!<br /> (dis moi pourquoi j'ai toujours l'impression que "La Fille du cannibale", c'est toi qui l'as écrit? Sors de ce corps, Rosa Montero! J'ai quasiment lu tout le bouquin aujourd'hui.)
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K
Ne me parle pas de cette Rosa Montero, elle m'a volé mon âme ! Garde ce roman je te l'offre gniark !