Nouvelles de France
Publié le 18 Août 2006

Sierras de jaén
En cherchant un fichier mal rangé, que je n'ai d'ailleurs pas retrouvé, je suis tombée sur ces quelques mots que j'avais complètement oubliés. Je vous les livre, intacts, avec les photos qui vont avec.
Par la petite lucarne de mon bureau je regarde la pluie tomber dans le jardin. L'été français cette année ressemble à une fin d'automne et, j'ai du mal à croire qu'il y a à peine quinze jours encore, allongée sur la terrasse de mon Oncle Blas, le nez dans les étoiles j'écoutais le vent du soir descendre des montagnes en faisant frissonner les feuilles de la vigne. L'écho de la rue me parvenait en sourdine mais le corps palpitant sur le carrelage nu c'est à peine si je l'entendais. En bas, dans le patio, le petit chiot de Maria geignait doucement en cherchant à téter sa mère. Le raclement des sabots de l'ânesse heurtaient par moment le sol de l'écurie, l'animal tout entier occupait l'espace réduit de son odeur et de ses frémissements de bête.
Plus que deux jours me disais-je le cœur serré, plus que deux jours alors ne rien oublier de cet été andalou, ni le ciel si bleu ni les vapeurs du lait de chèvre fraîchement trait qui s'échappe des casseroles posées sur la table de la cuisine, ni les baignades et les rires avec les cousines et les enfants, ni la tendresse pudique qui nous lie tous par les six lettres de notre nom.

Valdepenas de Jaén, Andalousie
Je ne sais pas si j'ai rêvé cet été mais il me semble que je ressens encore intacte l'émotion qui m'a saisie quand dans la lumière du soir le vieux moulin de Serafin s'est remis à fonctionner en faisant chanter ses poulies. Et puis ces lettres, celles de mon père, de mon grand-père, pleines de leurs belles écritures graves, que je reçois entre mes doigts, le cœur chaviré, comme un présent somptueux que je n'attendais pas. D'un coup baguette, Serafin le magicien, le dénicheur de souvenirs invétéré, comble mes vœux les plus chers et je n'ai pas assez de mots ni en castillan ni en français pour lui dire merci.
Dehors, il pleut toujours, j'ai fini depuis longtemps le dernier paquet de roscos que ma tante Purra m'a offert avant de partir. Il ne me reste que le souvenir de leur blancheur sucrée que je lèche gourmande du bout de ma mémoire pour effacer la pluie.