Comment Khassiopée fut punie d'être un cancre
Publié le 31 Août 2006
Un grand merci à Koulou pour sa contribution à cet article

Khassiopée vue par Koulou-Flégroll
Du plus loin que je me souvienne, je suis toujours allée à l'école. Mes premières velléités scolaires ont commencé quand j'avais quatre ou cinq ans. Jusque là, mon tempérament calme et rêveur n'avait pas incité ma mère à se débarrasser de moi pour m'envoyer découvrir le microcosme mystérieux de la maternelle la plus proche. Le temps s'écoulait donc tranquille, loin de tout état d'âme pédagogique. Je furetais dans le jardin à la recherche de quelque nouvelle trouvaille fabuleuse dont la nature pouvait aller d'œufs inconnus découverts sous des cailloux, de têtards surgis étrangement dans l'eau croupie d'une vieille brouette jusqu'à l'adoption d'un bébé couleuvre qui fit tomber ma mère du haut mal. Je remis l'animal en liberté persuadée d'être la petite fille la plus incomprise de la Création et décidai de commencer à m'ennuyer ferme. C'est à ce moment que je voulus aller à l'école. Ma mère exauça mes désirs et c'est ainsi que je me retrouvai un beau matin, au milieu d'une cour de récréation peuplée de congénères braillards et morveux qui ne voulaient pas lâcher les jupes de leur mère.
L'expérience dura au plus quelques jours, voire quelques semaines, guère plus. La maîtresse était un clone de Maria Callas aux aigus détestables, comble de mauvais goût elle avait une grande touffe de poils noirs sous chaque aisselle. Mes camarades prenaient leur nouveau rôle d'élève très au sérieux et s'évertuaient à réaliser dans les règles de l'art des jeux de logique débiles dont je ne voyais pas l'intérêt. Je déclarai à ma mère que la maîtresse sentait mauvais (ce qui était vrai d'ailleurs) et que les autres filles n'étaient que des "chichiteuses" qui pleurnichaient tout le temps. Ainsi s'acheva ma première expérience avec la célèbre institution éducative. Je réintégrai mon jardin et me remis à mes furetages botaniques et animaliers avec encore plus d'inventivité.
Les choses sérieuses commencèrent l'année de mes six ans où, j'intégrai l'école primaire Jean Jaurès. Commença aussi un nombre incalculable d'années de galère car, il fallut bien me rendre à l'évidence, si j'étais dotée d'une nette propension à la rêverie et d'une indiscutable ouverture d'esprit au monde qui m'entourait j'étais aussi dotée des qualités essentielles pour être un cancre parfait : ce que je fus et me complus à être jusqu'au verdict sans appel du conseil de classe d'une fin de cinquième : redoublement !
Qu'à cela ne tienne, je redoublai donc puisqu'il fallait redoubler. Je laissai passer devant moi les petits prodiges, que je détestais cordialement, allez savoir pourquoi, et découvris les charmes des mathématiques modernes et de l'initiation au latin. Le pire, enfin façon de parler, c'est que sans travailler vraiment davantage qu'avant, je fis bientôt partie des petits prodiges tant honnis. Bien malgré moi, je vous le jure, je dus prendre goût à la chose car, plus jamais, mes parents n'eurent à taper en touche quand on leur posait des questions sur mes résultats scolaires.
Après le Bac, avec mention excusez du peu, et un parcours universitaire sans faille j'entrai tout naturellement dans l'Education Nationale, j'y suis encore !
Ma mère me dit souvent en riant que si je suis condamnée à retourner tous les ans à l'école c'est pour me punir de toutes ces années où je lui ai ramené des bulletins de notes calamiteux.
J'ai fait le choix d'enseigner en lycée professionnel, vous savez, ces établissements scolaires où l'on met les cancres !
Bonne rentrée à tous !