Ville triste

Publié le 22 Avril 2007


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Zaragozan l'Ebre et Nuestra Senora del Pilar


En fouillant dans les archives de l'état civil du petit village où mon père a vu le jour, j'ai découvert que mon lointain ancêtre était originaire de Saragosse, qu'il était veuf et que des raisons inconnues l'avaient un jour poussé à mettre les bouts et à traverser toute l'Espagne pour venir s'installer dans ce coin perdu d'Andalousie où il s'était remarié aux alentours de 1639.

Pendant des années, j'ai entretenu pour la Capitale  aragonaise, une forme de tendresse fantasmée et idyllique. Au gré de lectures assez clairsemées, je l'avoue, j'avais appris que son histoire était riche et tumultueuse, que son emplacement en pleine dépression de l'Ebre lui donnait un rayonnement économique et culturel notoires. Je n'en connaissais que la banlieue uniforme et sans personnalité, typique des grandes villes espagnoles que l'on traverse en hâte en revenant d'estive, et une vue imprenable sur la Basilique de Nuestra Señora del Pilar depuis un des ponts qui enjambent le fleuve. Longtemps, je me suis promis de lui rendre cette visite que mes racines exigeaient.

Hélas! Ne m'en déplaise, Saragosse n'est pas une jolie ville et il va bien falloir que je m'en accommode. Je pourrais encore lui pardonner sa laideur, "la beauté n'est que la promesse de bonheur" avait dit Stendhal en son temps ; j'aurais pu encore lui trouver du charme, un relent de nostalgie, un éclair du génie de Goya ou que sais-je encore…. Mais non, rien de tout cela car, en plus d'être laide, Saragosse est triste. Triste sous la grisaille et dans les rafales du Cierzo qui s'engouffrait férocement dans les grandes avenues, triste même sous le soleil revenu, triste dans les eaux si grosses de l'Ebre qu'on aurait cru voir passer tout le malheur du monde dans le courant sale qui tournoyait sous mes yeux désabusés.

J'eus beau arpenter ses ruelles de part en part, m'attarder sur un détail d'architecture mozarabe, flemmarder dans les chocolateries du centre et me gaver de churros ma déception battait son plein jusque dans l'objectif de mon appareil photo qui ne bougea guère de mon épaule pendant ces quelques jours. Quelques quatre cents ans plus tard, en remontant la grande place semées de lampadaires incongrus, je comprenais mieux ce qui avait un jour conduit mon aïeul à déserter ces lieux et à pousser vers le sud sans se retourner. 



Rédigé par khassiopee

Publié dans #Nouvelles du Ciel

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S
L'évocation et la photo sont magnifiquement réalisées.
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Y
oui la photo est belle, les lumières et les couleurs chaudes sans doute. Mais je te crois sur parole, dans ce témoignage sans complaisance. Il existe des endroits comme ça, que l'on ne peut que vouloir quitter sans doute. Pourtant j'aime à croire que partout je pourrais être bien entourée de ceux que j'aime ;-). Bisous ma belle
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G
¡ Qué tristeza en tus palabras !<br /> Para mí españa significa sol, siesta, fiesta, guitarra y vida a mi ritmo.<br /> Pero es verdad que no viví la misma vida que tu abuelo en este país.<br /> <br /> Besos Khassiopée.
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L
bonne semaine !
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N
et pourtant ta photo est belle !
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