L'année dernière à Marienbad
Publié le 7 Mai 2008

Le jardin de Khassiopée l'an dernier
Aujourd'hui, le jardin ressemble à peu près à ce que vous voyez sur la photo de l'an dernier sauf que j'ai mis d'autres pieds de lavande et que le charme est moins gros. Il n'y a pas à tortiller, ce charme il faut absolument que je le fasse rabattre cet automne sinon il va prendre toute la place et déjà que le jardin n'est pas si grand que ça… Il y a d'autres choses aussi qui ont changé depuis l'an dernier comme ma monture de lunettes ou ma japonaise mais ça, ça ne se voit pas bien sur la photo évidemment. Aujourd'hui c'était un mercredi un peu spécial, moins que celui de la semaine dernière bien sûr mais un peu spécial quand même. Figurez-vous qu'au lieu de faire un cours de français aux Terminales Bac Pro, j'ai fait un cours d'art plastique. J'ai bien aimé, ça change, comme le jardin cette année par rapport à l'an dernier. Je crois que je ne me suis pas trop mal débrouillée et que les élèves ont apprécié. Assurer un cours d'art plastique au lieu d'un cours de français c'est comme pour un médecin psychiatre assurer une garde en ORL ou en gynéco. Globalement on a la méthode mais pas forcément la formation adéquate et puis bien entendu, assurer un cours d'art plastique quand on est prof de lettres ça craint moins que de pratiquer une amygdalectomie quand on est psychiatre, ça tombe sous le sens !
A la fin de la matinée j'étais crevée parce que j'avais fait un tel tabac en art plastique en première heure que du coup j'ai décidé de continuer avec les autres classes. J'ai pu terminer la case africaine de Bastien et les 3èmes PVP ont dessiné dans leur cahier d'espagnol la plus belle carte d'Amérique Latine qu'on puisse imaginer. A onze heures, j'ai donc rangé la colle, les pinceaux et les fusains et je suis partie voir maman.
Elle dormait quand je suis rentrée dans sa chambre. J'ai toujours des scrupules à la réveiller : quand elle dort elle ne voit pas le temps passer et si je ne la réveille pas elle se plaint de ce que je ne l'ai pas fait. Elle a fait semblant de sursauter et a paru étonnée que je sois là alors que j'avais passé toute la nuit avec elle.
- Maman, lui ai-je fait remarquer, je n'étais pas avec toi cette nuit enfin !".
Elle m'a lancé un long regard indigné et peut-être même un brin apitoyé et a ajouté :
- "Si tu n'étais pas là, comment ça se fait que je t'ai vue dans ma nuit ? D'ailleurs, tu as même écrit !". Elle a refermé ses paupières sur ses pupilles aveugles et s'est rendormie à moins qu'elle n'ait fait semblant. Je me sentais un peu bête. Comment lui dire que parfois on croit voir ce qu'on désire tellement voir et qu'on finit par croire qu'on a vraiment vu ce qu'on a cru voir ? Je ne sais pas si je suis très claire…. Je n'ai rien dit, vous pensez bien. Ce qui m'embêtait c'est que j'aurais bien voulu savoir ce que j'avais écrit la nuit dernière. Je me souviens juste d'avoir dormi, d'avoir rêvé de manteau jaune ou peut-être rouge… la routine quoi !