Du "Tour du lac d'Hossegor"
Publié le 24 Juin 2008
Lac d'Hossegor
Février 2008
Le tour du lac d'Hossegor est un rituel comme la confiture d'abricots. Cette dernière demeure toutefois un rituel saisonnier, tributaire de l'ensoleillement et du prix au kilo sur le marché de Capbreton. La marche à pied n'est tributaire de rien, pas même de la météo, juste de mon courage. Ce matin j'en avais à revendre, du courage bien sûr et puis le ciel était bleu et la brise marine, comme il se doit.
Pour accomplir le rituel dans les règles, il faut observer un certain protocole car le tour du lac d'Hossegor ne se fait pas à "la va-vite" ou pire, à "la-va-comme-j'te-pousse".
Tout d'abord, il faut choisir le moment idéal : le matin à marée basse me semble le plus indiqué. Le matin parce que c'est le moment où vous avez le plus de chance de faire des rencontres intéressantes ; à marée basse parce que c'est plus joli, qu'il y a des pêcheurs de coquillages, des enfants qui pataugent dans la vase, des aigrettes qui se prennent pour des anges et des gens qui ne font rien, juste regarder l'eau abandonner doucement les rives.
Deux grandes écoles s'affrontent concernant le sens dans lequel il convient de réaliser le tour : celle du "dans le sens des aiguilles d'une montre" et celle du "dans le sens inverse des aiguilles d'une montre". Aucune n'est meilleure que l'autre, même si pour ma part je suis une adepte de la seconde.
Au terme de quelques centaines de mètres l'œil s'habitue à la lumière aveuglante et les sens commencent à percevoir la réalité ambiante : une étendue liquide et sombre où se mirent des barques, le ciel et ses nuages et de coquettes maisons. Ensuite, le nez apprivoise les senteurs de marée, même pas des relents, juste une odeur un peu tenace comme un souvenir d'enfant. Il n'y a pas de bruit sauf de temps en temps au loin la rumeur de la route et dans le ciel le criaillement des oiseaux qui s'égaillent.
Le promeneur du tour du lac est un être silencieux, son chien, quand il en a un, aussi. Le promeneur du tour du Lac est essentiellement friqué et retraité, une femme seule et son chien de race et de petite taille. Mais la liste n'est pas exhaustive on peut y croiser l'adepte forcené du jogging matinal, il peut être jeune, beau et athlétique mais il est essentiellement plus si jeune, pas si beau et un brin bedonnant. Son pendant féminin peut être elle aussi jeune, belle et athlétique mais la promeneuse du tour du lac est le plus souvent le double parfait de son homologue masculin sauf qu'elle est souvent blonde peroxydée avec une queue de cheval (je ne saurais pas interpréter cette récurrence, certains critères m'échappent). En saison estivale le profil type est plus varié, on se promène en famille, la notion de classe sociale s'amenuise, les chiens sont toujours de race mais plus gros. De temps en temps on croise un couple rarement d'amoureux et parfois, si vous avez de la chance, beaucoup de chance vous me croiserez moi, escortée de la Philosophe.
Mais attention, si vous me croisez le soir, à marée haute et dans le sens des aiguilles d'une montre alors ce n'est pas moi, ce ne peut pas être moi sauf si et seulement si le chien qui m'accompagne a une longue mèche qui lui tombe dans les yeux et vous déclare tout de go que "Ce que la photographie reproduit à l'infini n'a lieu qu'une fois".