Bloody sunday

Publié le 21 Janvier 2007




Les bords du Lot avant l'orage


         Ce matin, quand je me suis réveillée, j'ai tout de suite senti que quelque chose n'allait pas. Comment vous dire… une sensation curieuse et prémonitoire. J'ai trouvé qu'il faisait bien noir. Le réveil affichait six heures trente, ce qui a confirmé mes soupçons. Une angoisse m'a saisie, un truc brutal qui m'a serré le ventre : on était lundi et il fallait que j'aille travailler. Lao Tseu me regardait avec de grands yeux ronds où luisaient encore les brumes du sommeil. Je me suis alors souvenu qu'on était dimanche. Ça m'a soulagée un peu mais, il n'en demeure pas moins qu'il n'était que six heures trente. J'ai enfilé mes chaussettes bleues et je me suis glissée vers la cuisine. A l'entrée du salon, j'ai senti une substance molle et tiédasse, vaguement gluante, s'écraser sous mon pied gauche. Je n'avais pas besoin d'allumer la lumière pour reconnaître la consistance très particulière de croquettes pour chat prédigérées et régurgitées. Le propriétaire de cette ignominie beuglait d'ailleurs comme un veau à côté de son assiette vide. Je sais, c'est mal, d'autant plus qu'il a dix-sept ans, mais je l'ai jeté dehors. J'ai nettoyé. Sur la table, mon portable m'indiquait la présence d'un nouveau sms. Enfant n° 2 m'indiquait qu'il restait dormir chez sa copine. Enfant n° 3 n'avait pas fermé la porte à clé en rentrant. Il avait par contre laissé ses vêtements sales de travail sur un banc et, vous avez beau être cuisinier dans un restaurant qui affiche une note de 16/20 dans le Gault-Millau, le graillon de luxe sentira toujours le graillon même parfumé à la truffe.

         J'ai déjeuné et j'ai trouvé heureux de ne pas avoir renversé mon plateau dans mon lit. J'allais me réjouir quand j'ai soudain réalisé que enfant n°2 avait promis à papy Jean-Claude de le conduire chez Tonton Didier, à enfant n° 3 qu'il allait enfin lui réparer le pignon du compteur kilométrique de sa voiture et à sa mère, de faire les courses de midi. J'ai compris alors que ce dimanche s'annonçait comme une vraie journée de galère.

         A midi trente, j'avais nettoyé les hardes souillées du benjamin, accompagné papy chez Tonton et fait les courses. Le chat avait mangé et dormait sur le canapé. J'ai mangé, rangé la cuisine et c'est à ce moment que enfant n° 2 a fait son apparition en me déclarant jovial qu'il avait très très faim. Mon regard sombre lui a soudain remis en mémoire qu'il avait très très envie de se faire un MC Do. Je ne l'ai presque pas revu jusqu'à dix-sept heures. Peu ou prou au même moment, enfant n° 3 est rentré du travail avec une autre tenue semblable à la précédente. Alors que le soir tombait, (l'homme triste arriva…[1]), les deux frères décidèrent de changer le pignon du compteur. Je venais juste d'allumer la télé quand un cri énorme a rempli le quartier. Mes connaissances en mécanique sont assez sommaires mais suffisantes pour savoir qu'il n'y a pas besoin de sortir le carter de la boite de vitesses, ni de la vidanger pour changer un pignon de compteur kilométrique. Je me suis abstenue de tout commentaire quant à cette manie curieuse chez les hommes de cette famille de faire des trucs compliqués, à la tombée de la nuit et sans autre lumière que celle d'un réverbère. "On" m'a expliqué, avec une parfaite mauvaise foi, qu'il arrive souvent en mécanique, que les petites pièces s'échappent et tombent là où il ne faut pas (dans la boite de vitesses par exemple…).

         A dix-neuf heures, en sus de la tenue qui puait le graillon à la truffe, il y avait devant la machine à laver : un pull blanc, imbibé d'huile de boite ; un tee-shirt graisseux ; un jeans dans le même état et des chaussettes neuves blanches sales.

         A vingt et une heure trente, tout semble redevenu normal. Dans la poubelle, en sus des détritus habituels, Il y a une tenue de cuisinier qui pue le graillon, un pull blanc, imbibé d'huile de boite ; un tee-shirt graisseux ; un jeans dans le même état et des chaussettes neuves blanches sales.

 
 
 


[1] Abel et Caïn, victor Hugo


Rédigé par khassiopee

Publié dans #Grincements d'Elle

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C
Non mais alors, quoi ! on va pas se laisser bouffer complètement en plus !Moi de ce côté c'est presque fini, mais je compatis !<br />  
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F
Ca fait froid dans le dos, une journée pareille. On a envie de militer pour les fringues jetables en non-tissé !<br /> Bon courage et bisous<br /> Fabrice
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S
sympa le dimanche. Faites des gosses qu'ils disaient...Mais, comment on peut faire les courses le dimanche ?
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L
Après un dimanche comme ça on est content d'aller bosser le lundi.Je ne suis pas pressé que les miennes grandissent :)La photo est très belle, je trouve les couleurs extraordinaires.
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A
Moi les miens sont encore tout petits mais je crains le pire pour l'avenir en te lisant ! Je sens que me petits monstres et néanmoins adorés vont me faire le même genre de coups ...
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M
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C
Ma chère Khassiopée de tels Dimanches font retomber les rêves nécessaires pour s'évader un peu.Puis le temps arrivera où cette jeunesse sera confrontée aux mêmes problèmes. Et alors, les recevoir et les voir faire feront ressurgir ces moments que l'on trouvera merveilleux.
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Y
quelques similitudes avec certains de mes "bloody sunday", toute ma sympathie et mon soutien, en plus de mon affection sans borne pour toi ma douce Khassiopée. J'adore ta façon d'écrire, un bonheur à chaque fois, un plaisir, une émotion... Bisous doux
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