Le voyage en Espagne

Publié le 9 Mars 2007


 
Valdepenas de Jaén, Espagne


En 1962, je suis allée en Espagne pour la première fois. Je savais que mon père n'était pas français mais, ce n'était plus une tare d'être réfugié espagnol cet été là. Je me demande si c'est à cette époque que l'on a fait construire le camp de harkis de Bias, je ne sais pas si celui d'Argelès existait toujours.

La nuit qui a précédé le départ, je n'ai pas bien dormi. Je me sentais très excitée. Papa non plus n'a pas bien dormi, je l'ai entendu s'agiter dans son bureau assez tard dans la nuit. Ma mère avait renoncé depuis longtemps à lui dire de venir se coucher. Elle s'est toujours plu à me raconter que c'est lors de ce voyage qu'ils avaient "fabriqué" ma sœur. Je ne me souviens pourtant pas, au long de ces trois semaines, avoir dormi dans une autre chambre que la leur.

Un peu avant la frontière, j'ai senti que papa était très tendu. Cette tension prenait sans doute le pas sur la joie qu'il devait ressentir. Il m'avait avoué un peu avant qu'il n'était pas revenu dans son pays natal depuis vingt-trois ans. J'ai pensé que ce devait être très long vingt-trois ans surtout, que je n'en avais que cinq.

Les douaniers français ne nous ont même pas regardés. Les douaniers espagnols, par contre, ont examiné avec beaucoup d'attention les papiers que papa venait de leur tendre. Je ne comprenais pas ce qu'ils disaient. J'ai eu peur qu'ils l'emmènent et qu'ils le mettent en prison. Non, ils ont ri, et Papa aussi mais de manière un peu convenue. Un douanier a peint une croix à la chaux sur un coin du pare-brise et nous sommes passés.

La traversée de l'Espagne en 1962, ressemblait à celle du Ténéré aujourd'hui. Il faisait chaud, il y avait des troupeaux de chèvres, des paysans montés sur des ânes et des femmes en noir. Souvent, il n'y avait rien que des étendues arides qui tremblaient sous la chaleur. Nous avons roulé longtemps et puis nous sommes arrivés dans un village improbable perdu dans des montagnes austères.

         Elle est sortie tout de suite de la maison. Elle nous a serrés, elle a pleuré. Elle non plus, je ne comprenais pas ce qu'elle disait et pourtant, c'était ma grand-mère.

Une foule d'enfants braillards a entouré notre 404 puis, des gens, surgis d'on ne sait où, ont commencé à affluer. Ils serraient papa dans leurs bras, ils criaient, ils pleuraient aussi. D'autres nous regardaient comme des extra-terrestres. Ils nous ont regardés ainsi pendant tout notre séjour.

Cet été là, j'ai découvert qu'il y avait des maisons où l'on trouve un Christ crucifié et des images de la Vierge dans presque toutes les pièces, qu'on peut boire le lait des chèvres et aller au travail à dos d'âne. J'ai appris l'odeur de l'huile d'olive et la saveur des roscos dont ma grand-mère me gavait en douce. Elle me racontait des histoires "d'avant" d'une voix éraillée comme d'avoir trop pleuré. C'est peut-être comme ça que m'est venu le goût d'apprendre l'espagnol, ou peut-être est-ce simplement ainsi que je l'ai appris.

 
 
 
 
 
 

Rédigé par khassiopee

Publié dans #Achronologie

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S
Andaluces de Jaen, aceituneros altivos,... J'en frémis... Ma grand-mère est née là bas, en ce pays réellement extraordinaire. Je n'y vais pous depuis quelques années, faute de temps, mais que j'aime l'Andalousie...
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M
Je ne me lasse pas de cette photo. Joder, plus d'un an que je ne suis pas allée en Espagne... J'en crève. Vivement...
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L
bonne soirée !
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C
Merci pour ce formidable témoignage plein d'émotions et de simplicité... je connais maintenant ton age... ;)<br /> tu écris d'une manière claire et limpide, c'est un plaisir de te lire. <br /> Bises<br />
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M
Je n'ai pas connu l'Espagne de ces années-là mais j'ai moi aussi entendu parler des retours au pays par ma grand mère... Mon amour pour la langue castillane est né également lors d'un de ces voyages.<br /> Gracias por compartir con nosotros este instante clave, lo haces tan bien que ya no puedo concentrarme en mi trabajo.
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E
J'ai lu ta note en écoutant Madredeus "O pastor"... le Portugal, pourtant... les sud se mélangent de façon troublante, palettes mouvantes, émouvantes, tonalités qui étreignent le coeur et brûlent les sens ... résonance de mémoire collective...
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C
Découverte émouvante des racines de la Luciole ...<br /> Bises Khass !
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M
C'est une bien belle histoire pleine de nostalgie et de tendresse ...<br /> Bonne soirée Khassiopée,
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C
c'est beau et émouvant, tout simplement<br />
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:
Un très joli témoignage Khassiopée. Bon dimanche.
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F
Cela m'a fait cet effet là quand je suis allé en Arménie pour la première fois !<br />
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M
quelle émotion se dégage de ce que je viens de lire.....<br /> bisous
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B
Comme toulousaine, je devrais bien connaitre l'Espagne, et pourtant...Je ne parle pas espagnol mais j'ai compris tout ce que le bloggeur d'au-dessus t'a écrit. ça doit être un signe...<br /> Joli texte...
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L
bon week end !
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G
¡ Recuerdos de infancia qué marcan a una personalidad !<br /> Y hablas de esos con mucha sinceridad.<br /> Tu texto es muy conmovedor.<br /> Buen día.
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C
Bonjour belle Luciole.<br /> En 1962 j'étais très jeune ouvrier.<br /> En 1969 je découvrais l'Espagne.<br /> C'était mon voyage de noces.
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S
ah l'espagne, j'en suis tombée amoureuse du pays et de la langue! et encore je n'ai connu que des villes " touristiques" :Algeciras, Torremolinos, mais j'aurais adoré connaitre la vraie espagne celle que tu nous decris là
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B
Tu devais être toute petite en 1962 et pourtant les faits sont restés gravés à jamais dans ta mémoire; c'est une belle et émouvante histoire, celle du courage de ton père; bizzz,bonne nuit.
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F
Jaén, je connais de nom on y passe pour aller à Malaga. En tous cas belle histoire. Des souvenirs à jamais gravés. Et de quoi être fière d'avoir des racines espagnoles et de parler la langue aussi bien que ceux qui y sont nés.
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