Mazel tov !
Publié le 23 Juin 2007
Quand j'entrai dans la chambre je trouvai Maman très agitée. Elle répondit à peine à mon bonjour et déclara qu'elle voulait se préparer pour aller au mariage, "parce que tu comprends, chez les juifs on se marie en juin et il ne faut pas être en retard". Je demandai quelques précisions sur l'identité des jeunes mariés. Une lueur de colère traversa ses yeux aveugles : "Tu sais très bien de qui il s'agit, comme si nous connaissions beaucoup de juifs !" feula t-elle comme une vieille chatte en colère. J'eus beau scruter ma mémoire je ne voyais aucune famille juive dans notre cercle d'amis.
- Il est à quelle heure ce mariage maman ?
- A seize heures pile à l'église. Je vais mettre mon manteau tout de suite !
- Maman, ils sont juifs et ils se marient à l'église ?
- Parfaitement, ta sœur s'y est bien mariée sans être baptisée rétorqua-t-elle triomphale.
Je ne trouvai rien à redire à cette ultime remarque car c'était la plus stricte vérité.
Je rattrapai in extremis la tasse de café à moitié pleine qu'elle avait manqué renverser en se levant.
- Où vas-tu ? m'exclamai-je en m'emparant du bras de la fugueuse pour la contraindre à se rasseoir .
- Mettre mon manteau t'ai-je déjà dit, tu ne comprends rien ce qu'on te dit aujourd'hui ! Donne-moi celui d'été !
Dans son armoire, il y avait un manteau en laine cashmere d'un beige très doux, un trois-quarts indigo avec un col en vison du même bleu et ses deux robes de chambre. De manteau d'été point et pour cause, le dernier qu'elle avait possédé (une pure merveille en moire gris perle doublée de soie rose,) elle me l'avait donné pour me déguiser quand j'étais gamine. A tout hasard, je lui glissai son châle sur les épaules. Elle parut satisfaite et un sourire illumina son visage.
- Je me demande si ma sœur et mon cousin Claude seront là…. Tu te rends compte, vous êtes tous les trois de la même année… murmura-t-elle songeuse en lissant avec soin l'ourlet de sa jupe.
- Maman ! Ils sont nés en 1926, c'est impossible que j'aie le même âge qu'eux !
- Ma petite fille, je suis ta mère et je suis quand même bien placée pour savoir quand tu es née. Bientôt tu vas prétendre que je suis gâteuse !
Elle termina de boire son café à petites gorgées prudentes puis me réclama du chocolat fourré praliné. Je lui fourrai dans la bouche un gros carré qu'elle laissa fondre lentement sur sa langue. Elle s'endormit brusquement en ronflant bien fort, je sortis sans faire de bruit.