Les anges n'ont pas besoin d'ailes pour voler...
Publié le 5 Septembre 2007
Agen, écluse, canal latéral, septembre 2006
Mardi Maman était complètement "à l'ouest", elle voulait que je ferme la porte d'un réfrigérateur improbable dont la lumière la gênait…. C'était juste avant d'accueillir les élèves entrants avec leur famille et j'avais du mal à faire "comme si". J'ai en effet renoncé depuis longtemps à lui dire que tous ces objets n'existaient que dans son imagination un peu sénile. Après tout, elle ne me contredisait jamais quand petite je lui assurais avoir vu Blanche Neige et les sept nains dans le jardin. J'ai trouvé une porte de réfrigérateur aussi imaginaire que la sienne et je l'ai fermée. Ce qui est en soi un exploit car je vous mets au défi de trouver un réfrigérateur imaginaire dans une chambre de maison de retraite. Elle m'a remerciée et m'a demandé illico des nouvelles de ses parents. Pour les réfrigérateurs, je n'ai aucun problème, plus quand il s'agit de lui donner des nouvelles de personnes proches qui sont tellement mortes que c'en est indécent. J'ai répondu un vague "pas mal aux dernières nouvelles" et je lui ai proposé du chocolat, une valeur sûre pour lui faire oublier ses fantômes. Elle s'est mise à mastiquer d'un air inspiré et j'ai commencé à me détendre. Ma mère est une infatigable penseuse, j'aurais dû me méfier. Elle a dégluti sa bouchée de chocolat avec délice et m'a balancé aussi sec : "Je me suis toujours demandée si c'était ma vraie mère". La lingère qui venait lui rapporter son linge propre m'a sauvé la mise et j'en ai profité pour m'éclipser.
Le petit nuage noir a continué à moutonner au-dessus de ma tête jusque tard dans la soirée. Ce matin, quand j'ai retrouvé mes Bac Pro, j'avais la tête des grands jours.
"Dites Madame, vous nous aimez toujours autant ?"a dit une voix juste devant moi. Je lui aurais bien répondu que "oui et toi particulièrement". Mais ça ne se peut pas. Alexandre a vingt ans, les cheveux roux et un beau visage intelligent. Ses copains l'ont charrié "Mais oui qu'elle t'aime Alex". Je vous raconterais bien notre chaste et délicieuse déambulation dans les rues sombres de Saragosse en mars dernier, mais ça non plus ça ne se peut pas. Depuis, les vacances sont passées par là, j'ai eu vingt ans moi aussi à moins que ce ne soit cinquante, la rentrée m'a rattrapée avec son ciel bleu et ses montgolfières… Je me suis dit que je détestais les mises entre parenthèses et pendant que je m'attardais en douce sur les taches de rousseur d'Alexandre une petite phrase stupide martelait mon esprit "les anges n'ont pas besoin d'ailes pour voler, les anges n'ont pas besoin d'ailes pour voler, les anges ….."