A la recherche du Père-Noël
Publié le 16 Décembre 2007

Aujourd'hui il faisait très très froid dans la petite ville où j'habite mais ce n'était pas si grave car il faisait aussi très très beau. Tellement beau que j'en avais des impatiences dans les jambes et des envies d'aller flairer les odeurs de marrons chauds et de churros dans le cœur de ma bastide. Et puis, pour tout vous avouer, je caressais aussi le rêve secret de rencontrer le Père-Noël et de faire un très très beau portrait de lui. J'avais jeté pêle-mêle appareil photo et objectifs dans un petit sac à dos, enfilé de jolis gants en laine montant très haut sur l'avant-bras et pris bien garde à ne laisser dépasser que le bout de mon nez d'une débauche de lainages de la même couleur que les gants.
Ma première halte fut pour l'église Saint Etienne qui se chauffait le clocher dans les rayons mordorés du soleil hivernal. A mon approche, les cloches sonnèrent quatre coups légers puis se figèrent de nouveau dans l'air translucide. De là, je rejoignis les bords du Lot : le Pont des Cieutats et Notre Dame du Bout du Pont se miraient dans les eaux bleues de la rivière, impassibles et beaux, comme à l'accoutumée. Des pas derrière moi me firent sursauter. Je crus un instant que c'était le Père-Noël. Hélas ! ce n'était qu'un promeneur solitaire, photographe à ses heures et particulièrement prolixe en paroles. " Si vous voulez faire de belles photos aujourd'hui, déclara-t-il doctement, il vous faut descendre au centre ville. Ce matin, il y avait des bergers avec des échasses, c'était rudement bien !". "Et le Père-Noël, vous l'avez-vu ? demandai-je mine de rien". Non, il n'avait pas vu le Père-Noël ce matin en ville, mais il m'affirma qu'à cette heure il devait certainement s'y trouver.
D'étranges mélopées submergèrent mes tympans à peine avais-je franchi l'angle de la rue de Casseneuil. A ma grande surprise, un indien en grande tenue s'agitait au coin des arcades devant un attroupement de badauds ravis. Les plumes de sa longue coiffe frémissaient dans son dos et je songeai le cœur serré à ces fauves somptueux qui secouent leur crinière derrière les barreaux d'une cage. Un petit âne attelé à une petite carriole s'arrêta derrière moi et quémanda une caresse d'un petit coup de museau. Il avait l'air heureux, je crois même qu'il riait mais lui non plus, m'assura-t-il, n'avait pas vu le Père-Noël.
Dans un autre angle des cornières un petit groupe de chanteurs en costume semblant sortir tout droit d'un conte de Charles Dickens beuglaient des chants de Noël sous le regard fasciné d'un petit garçon. L'odeur des marrons chauds se fit plus tenace. Un homme me tendit un papier qui annonçait un spectacle chanté "pour toute la famille". Je compris qu'il s'agissait de celui auquel j'étais en train d'assister. " Vous n'avez-pas vu le Père-Noël ? m'enquis-je en pressant le déclencheur de mon Sony. Il secoua la tête en signe de dénégation désolée. Cette réponse ne me surprit guère, le Père-Noël n'avait aucune chance contre le soliste et il avait dû s'installer dans un endroit où la concurrence était moins rude.
J'achevai bientôt le tour de la ville baignée des derniers rayons d'un couchant rosé. J'avais eu beau chercher dans les moindres recoins, je n'avais pas trouvé le Père-Noël. Chemin faisant je me dis que je n'avais pas dû être assez sage cette année et cela m'attrista un peu parce que je ne pensais pas avoir été si méchante. Je me souvins alors que l'âne non plus ne l'avait pas aperçu et cela me réconforta.
Pas un instant il ne me traversa l'esprit qu'il se pourrait bien que finalement il n'existât point !