Comment j'ai retrouvé le ciel
Publié le 31 Juillet 2006

Les pêcheurs
Moi la montagne ce n'est pas mon truc, je préfère la mer. Je m'en suis tellement persuadée que j'ai fini par atteindre un âge avancé sans avoir fait de randonnée en haute montagne. Ce n'est pas par paresse, j'aimer marcher, ni par peur, je n'ai pas le vertige, juste une affaire de goût devenu principe… complètement idiot. A ma décharge je n'avais pas encore trouvé quelqu'un pour m'accompagner. En fait, je mens un peu. J'avais cette personne sous la main depuis des années mais je l'avais tellement convaincue que je détestais ça, qu'elle ne me l'avait jamais proposé.
Un jour où j'étais occupée à regarder mes innombrables clichés de bord de mer, je me suis dit qu'il fallait parfois savoir varier les plaisirs. La météo s'annonçait clémente et j'ai demandé à brûle-pourpoint : "Tu m'emmènes à la montagne ?".
Quelques jours plus tard, mes chaussures de montagne flambant neuves dans mon sac de voyage, nous nous engagions sur la route qui mène au Tunnel de Bielsa sous un petit crachin opiniâtre, une brume tenace et une température extérieure de 10°. Je tiens à préciser que nous étions en juillet et je commençais à me rappeler que je détestais la montagne entre autre, pour son climat versatile et capricieux. Devant ma muette déconfiture, mon guide m'a fait remarquer que ce serait mieux versant espagnol, car c'est toujours mieux versant espagnol. Je me serais bien risquée à avancer qu'il était difficile que ce soit pire, mais je suis polie et pas rabat-joie pour deux sous ; je n'ai donc rien dit. J'ai tout de même timidement précisé que le Néouvielle se trouvait côté français et que Bielsa c'était juste pour manger et dormir. "Le temps change vite en montagne (je sais ! je sais !), tu va voir demain ça va être génial !". J'ai préféré le croire, on apercevait le bout du tunnel et ma foi, aussi incroyable que cela paraisse il semblait faire beau.
Non seulement il faisait beau mais chaud. 27° radieux et juste derrière moi le mauvais temps était resté accroché côté français. Il essayait bien de nous balancer quelques nuages bien noirs mais ça ne marchait pas : à peine le pauvre malheureux avait-il franchi la frontière que l'anticyclone ibérique le réduisait en ridicule petits filaments cotonneux incapables de produire la moindre goutte d'eau.
Pendant la nuit, un orage ibérique fit trembler les murs de l'hôtel et, dans un demi sommeil je me demandais qu'elle navet pourrait bien passer le cinéma local en cas d'intempéries locales.
Le lendemain matin, quand je hasardai un timide coup d'œil à travers les lattes des persiennes, je vis du bleu partout ; un bleu limpide, invraisemblable. C'est ainsi que tout a commencé.

Lac d'Aumar, Réserve du Néouvielle
Après, je pourrais vous raconter la route qui monte entre les pins noyés dans le brouillard, le soleil qui lutte pour le déchirer et qui le réduit en pans d'organdi qui naviguent sur les eaux des lacs. Je pourrais aussi vous parler des marmottes ensommeillées qui trottent sur le sentier ou qui attendent un peu de chaleur sur un gros rocher ; le miracle d'être au-dessus des nuages, comme avant quand j'étais encore une étoile mais, ma plus belle apparition dans cette brume facétieuse qui va et qui vient, c'est ces deux pêcheurs, un enfant et son grand-père qui réapprennent ensemble dans le matin silencieux, l'amour des hommes.