La mort de l'Ange
Publié le 3 Octobre 2006

Ecluse de Marianette, Canal Latéral à la Garonne
La grande pièce est plongée dans la pénombre. C'est l'heure de la sieste mais elle lutte contre le sommeil malgré l'invite des coussins moelleux qui soutiennent sa nuque frêle. Sa main écarte une ombre furtive, dessine une arabesque, retombe sur la poitrine avec un bruit mat. Une silhouette passe, silencieuse et légère ; embrasse son front moite et remet en place une mèche rebelle. Chuchotements, rires étouffés et féminins. Ne pas dormir, ne pas céder, pas encore.
Un autre corps se colle au sien et lui murmure des mots tendres au creux de l'oreille mais elle ne comprend plus ce qu'ils veulent dire.
Non, décidément elle ne veut pas dormir. Elle sent qu'au dehors l'air est doux. L'odeur puissante de l'humus et de la terre mouillée éveille en elle un vague souvenir. Elle se cramponne, l'odeur fugace va et vient, se dérobe et disparaît. Elle a soif. "Trente-quatre. C'est idiot", songe-t-elle vaguement". "Trente-quatre quoi ?" dit une voix. "Trente six", répond-t-elle stupidement. Rires, encore. Des doigts caressent sa peau, apaisent ses tempes confuses.
L'air lui semble plus rare. Elle n'a plus soif. Elle les entend chuchoter tout à côté. Elle a envie de leur dire qu'elle va sans doute dormir. Le temps s'effiloche dans son souffle ténu. Un soupir enfin, gonfle ses lèvres comme un dernier baiser.