Abuelo
Publié le 6 Avril 2007

Vieux quartiers, Zaragoza mars 2007
La voix lui parvient vaguement amortie, presque ailleurs. A cette heure, il n'y a personne dans les rues étroites de la ville. Vieux quartiers, briquette rose, odeurs de friture et de nourriture mêlées. Là-bas, les maisons semblent disparaître dans un brouillard de lumière. Il marche tranquillement vers le halo blanc qui absorbe les murs.
- "No te vayas abuelo, no te vayas…"
La voix est plus pressante, entêtante. Il ne voit rien cependant, que le silence de ces pas qui montent vers lui. Du plus loin de ses souvenirs, il ne se rappelle pas cette ville ou alors à peine, comme dans un rêve. Il lui semble aussi qu'il marche moins vite. Ses semelles heurtent en silence les pavés anciens comme s'il foulait une ouate compacte. Là-bas, déchirant la lumière qui pleut, il distingue trois silhouettes sombres.
- "No te vayas abuelo, no te vayas…"
Cette voix, oui cette voix, est celle d'un très jeune-homme ou percent encore les aigues de l'enfance. Elle est très proche et son rythme se précipite à ses oreilles dans un bruissement essoufflé. Il voudrait lui répondre, lui dire de ne pas s'inquiéter mais plus un son ne franchit ses lèvres pâles. Là-bas, il les a reconnues ces figures ancestrales. Il attend, il n'ira pas plus loin. Plus rien ne presse.