Khassiopée et Lao Tseu à Bordeaux
Publié le 22 Mars 2008
La Fée Rose d'Yza
Tout d'abord, j'ai cru qu'il neigeait : de légers flocons voltigeaient dans les airs et venaient parfois caresser le pare-brise. Mais c'était étrange, ils ne laissaient aucune trace sur le verre et semblaient au contraire poursuivre leur course folle en tourbillonnant de plus belle. Le phénomène me parut étrange. J'aurais bien voulu m'en ouvrir à Lao Tseu mais elle dormait profondément sur la banquette arrière et je pensai qu'elle n'apprécierait pas que je la réveille pour lui faire remarquer que les flocons de neige ne fondaient pas ce matin. Mais ce n'était pas des flocons, simplement les pétales des fleurs des pruniers avec lesquels le vent mauvais s'amusait.
Vers midi Lao Tseu daigna enfin ouvrir les yeux et s'enquit de savoir où nous étions. Je lui répondis que nous touchions au but et que d'ici peu nous foulerions la terre de ses ancêtres. Ne croyez surtout pas que nous étions parvenues aux confins de l'Himalaya, sur le toit du monde ou un truc de ce genre. D'ailleurs, je ne pense pas qu'il y ait des pruniers d'ente en fleurs au Tibet en ce moment. Non, nous suivions juste les avions sur les panneaux indicateurs de la rocade bordelaise. Parce que France avait bien dit "de suivre les petits avions des panneaux et de ne jamais tourner avant la sortie n°7".
Quand il n'y eut plus d'avions à suivre sur les panneaux je sus que nous étions arrivées.
Lao Tseu me fit bien honte car, à peine eut-elle franchi le seuil de notre hôte et sans même saluer les deux chats à grosse queue et la blonde mâtinée de tibétaine qui s'avançaient vers elle, qu'elle se mit à renifler dans tous les coins. France me rassura en m'affirmant qu'elle s'adonnait elle-même à cette curieuse pratique quand elle arrivait chez les gens.
Yza la fée landaise, arriva peu après, nous laissant juste le temps de cacher les œufs en chocolat parmi les plantes du balcon. Yza elle, ne renifla nulle part. Je supposai que seules les chiens philosophes et les fées bordelaises reniflent partout chez les gens.
Nous devisâmes, trinquâmes, avalâmes un foie gras frais poêlé. Nous philosophâmes aussi. Yza trouva les œufs sur le balcon et en engloutit un derechef alors que France et moi échangions les ailes des fées que la landaise venait de nous offrir. Lao Tseu philosophait sur l'accoudoir du fauteuil en velours vert amande, la blonde guettait les bouts de chocolat et les chats miaulaient pour entrer et sortir.
"Pour repartir tu n'oublies pas, me dit France, tu suis les petits avions sur les panneaux indicateurs". Dans le rétroviseur, je les vis agiter leurs ailes pour me dire au revoir. L'autoroute s'étira du toit du monde vers les vergers en fleurs. Je traversai des averses de pétales blancs. Quand j'arrivai, le soleil avait glissé depuis longtemps derrière les nuages. Il ne neigeait toujours pas.