L'amante religieuse
Publié le 24 Mars 2008
Landes
Hossegor, aigrette
février 2008
- Tu as peur ? demanda-t-il en s'allongeant près d'elle.
Le bruissement des herbes sèches se répandit jusqu'aux confins du chemin. La touffeur de l'air les écrasait d'une torpeur moite et suffocante. Elle observa à la dérobée son profil qui se découpait nettement dans le contre-jour. Son regard se fixa à la lisière des cheveux : juste là où battait la veine, une légère tache rouge, comme la pression d'un doigt sur la peau trop blanche, appelait un baiser.
- Tu as peur? répéta-t-il.
Hypnotisée, elle ne pouvait détacher ses yeux de la tache trop rouge et tarda à répondre. Une vague douceur s'était emparée d'elle et un sentiment étrange où se mêlaient la faim et la soif lui taraudait les sens. En d'autres circonstances elle aurait pu croire qu'elle avait envie de lui mais elle ignorait ce qu'était le désir. Il n'y avait plus que cette tache comme un fruit de printemps qu'elle effleura doucement. Il eut un geste de recul et la veine au ras des cheveux se mit à battre plus vite. La chamade du cœur agité par la peur aiguisa la sensation qui prenait forme. Elle déglutit péniblement. Malgré l'humidité sa gorge restait sèche et douloureuse. Elle se colla à lui, il ne la repoussa pas. Ses lèvres s'entrouvrirent au contact du cou. Un vieil instinct oublié lui disait que c'était ainsi qu'il fallait faire.
Quand la dernière goutte de sang se fut écrasée sous sa langue elle se redressa enfin. Le corps inerte de l'homme gisait à ses pieds. Sur la tempe désormais pâle la tache rouge avait disparu.
Elle n'avait plus peur.