Comment je suis tombée sur la Terre
Publié le 14 Juillet 2006

Avant j'étais une étoile. Pas une étoile célèbre comme Alpha du Centaure ou Andromède, juste une petite étoile de rien qui luisais tranquille dans un coin du firmament. Quand je suis née, il y a de cela très longtemps, mes parents m'ont baptisée Khassiopée mais avec un "k" et un "h" pour ne pas que l'on me confonde avec l'autre Cassiopée. Il paraît que je lui ressemble comme deux particules d'atome incandescents, en plus petite bien sûr. Cela vous étonne d'apprendre que les étoiles ont des parents, n'est-ce pas ? Vous n'êtes pas au bout de vos surprises…
Les humains nous prêtent souvent des pouvoirs insoupçonnés. Ils pensent qu'il y a de bonnes et de mauvaises étoiles, des étoiles montantes, des étoiles inaccessibles et que sais-je encore… ce qu'ils ignorent c'est que nous avons une vie et des rêves. Quand un humain se perd dans l'infini d'un ciel d'été étoilé, et qu'il tente en vain de nous atteindre, persuadé que notre univers recèle cette Vérité qu'il n'a cesse de trouver, nous les étoiles nous nous penchons vers la sphère bleue de votre planète dont la couleur céleste nous semble infiniment plus belle que les ténèbres d'où nous vous contemplons.
Il est dangereux pour une étoile de trop se pencher par-dessus le manteau bleuté de ses rêves. Ce qu'il arriva c'est que je suis tombée. De ma chute je ne garde que peu de souvenirs, cela s'est passé si vite. Je n'ai pas eu mal ; pendant la chute je veux dire. Je n'avais rien à quoi me retenir, l'infini du ciel est comme le néant : vide. Je ne sais plus si cela a duré longtemps. Nous avons les mêmes rêves mais pas le même temps.
Quand je me suis réveillée, il faisait nuit et je n'ai pas compris. De là haut la Terre semble toujours baignée de sa lumière céleste. Je luisais toujours, mais moins, d'une petite lueur verdâtre que je ne connaissais pas. J'ai entendu des bruits et des sons bizarres. J'ai eu très peur : il n'y a que le silence dans le firmament. Le bruit s'est arrêté, juste à côté de l'endroit où j'étais tombée.
- "Regarde papa, un vers luisant !"
L'enfant s'est accroupi et j'ai senti sa main se tendre vers moi pour me saisir. Je ne savais pas comment éteindre la maudite lueur qu'émettait mon abdomen en sourdine et j'ai cru ma dernière heure arrivée.
- Ne le touche pas, a dit le père, tu vas lui faire du mal.
- Pourquoi ils brillent les vers luisants papa ?
Il m'a semblé que l'homme réfléchissait avant de répondre. Il a regardé le ciel noyé d'étoiles puis il a murmuré, un peu comme si c'était un secret qu'il ne fallait pas répéter :
- Il arrive parfois, qu'une étoile tombe du ciel. Les étoiles ne meurent jamais tout à fait quand elles tombent, elles continuent à luire doucement les soirs d'été. Plus tard, leurs ailes poussent et elles dansent dans l'ombre pour enchanter les petites filles."
Voilà, mon histoire est aussi bête que ça. La prochaine fois, quand viendra l'été, si vous croisez une luciole ne lui faites pas de mal : c'est peut-être une étoile égarée qui danse dans l'ombre, c'est peut-être Khassiopée qui vient vous enchanter.