Bordeaux-Arcachon
Publié le 12 Juillet 2006
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Les cabanes tchanquées
Gare Saint-Jean : Sous la grande verrière de la gare il règne une agitation indescriptible. J'ai perdu Jean quelques instants… moment de panique, c'est lui qui a les billets !
Je le retrouve sur le bon quai, prêt à monter dans la correspondance pour Arcachon.
Une petite fille envoie des baisers à son père.
Une vieille dame redescend du train, affolée, et nous bouscule sans s'excuser.
Mon regard se pose sur les courbes d'une hanche qui disparaissent dans la foule. Avait-elle les yeux bleus ?
Le train file maintenant plein ouest. Nous parcourons une grande plaine littorale peuplée de pins maritimes. La terre a changé d'aspect, elle est plus sableuse. Mon cœur bat plus vite. Je découvre une odeur nouvelle, indéfinissable qui se mêle à celle des résineux. Il fait moins chaud. Au fond du wagon, un bébé s'est mis à pleurer. Je l'entends à peine.
Les maisons semblent plus proches les unes des autres…. Facture… Gujans Mestras… La Teste… Ça y'est ! Par les trouées du paysage je l'ai vue, son odeur m'étourdit, un oiseau blanc nous frôle en criant. Encore… s'il vous plait, encore.
Arcachon : La tente est enfin montée… cela n'a pas été une mince affaire que de trouver un endroit où s'installer.
Arcachon, ce n'est pas une ville pour Jean et moi. Que nous nous sommes sentis "nigauds" en sortant de la gare : Les gens ici ne sont pas comme nous, ils sont mieux habillés, plus beaux, plus intelligents, plus importants. Ils marchent le regard "en haut" abandonnant dans le sillage de leurs pas des effluves de parfums de luxe. Nous avons vu peu de jeunes mais beaucoup de familles avec leurs enfants, roses et blonds comme dans les magazines que lit la femme de mon patron. "Tu crois que ces enfants jouent quelques fois ? – a gloussé Jean – ils ont l'air si propres".
Je n'ai pas su quoi lui répondre. A Bordeaux, même les gens riches ont encore un accent, bien sûr pas rocailleux comme dans nos campagnes, mais vous savez, légèrement chantant, teinté de ce soleil qui déchire les brumes les plus tenaces en plein cœur de l'hiver. À Arcachon ils parlent un français atone, sans relief. "Les gens qui n'ont pas d'accent, n'ont pas d'âme" a conclu Jean d'un ton sentencieux.
Je voyais bien qu'il était déçu. Moi aussi je l'étais, j'avais une grosse boule au fond de la gorge, mes yeux glissaient, sans les voir, sur les façades lisses des maisons. J'avais oublié que la mer que j'avais à peine aperçue était à deux pas.
Un peu dégrisés, nous avons demandé à un homme qui balayait le trottoir devant la gare, le seul à qui nous avons osé adresser la parole, où se trouvait la plage. Il nous a indiqué le chemin, avec un sourire en coin en reluquant nos bicyclettes. "Même les balayeurs de rue ont l'air mieux que nous" a murmuré Jean d'un air triste.
Au bout du ponton, la brise marine nous a salué en ébouriffant nos cheveux de son souffle léger. La mer emprisonnée dans l'anse du Bassin clapotait gentiment aux pieds des pilotis. C'était une étendue aux reflets d'aigue-marine, paresseusement étalée dans la chaleur de l'été. Des voiliers glissaient paisibles entre un vol de mouettes. J'aspirais à pleins poumons l'odeur forte et paisible de la marée. Au loin, d'étranges maisons de bois plantées dans l'eau comme des échassiers, observaient, sentinelles tranquilles, le lent va-et-vient des hommes sur les flots bleutés.