Le Village Andalou : chapitre 17
Publié le 25 Décembre 2006
L'orage de la nuit avait abandonné dans le ciel une chape grise et compacte qui emprisonnait les sommets d'une capuche impénétrable. Les coups redoublèrent et Pedro Aceituno se réveilla enfin tout à fait.
- J'arrive, j'arrive, cria-t-il au visiteur trop matinal.
Il enfila rapidement son pantalon par-dessus sa chemise et alla ouvrir la porte sur un matin sale qui débordait encore de pluie. Deux alguazils se tenaient devant lui, leurs visages sans expression n'esquissèrent pas l'amorce d'une salutation.
- C'est bien ici que demeure Josefa Infante ?
Sans attendre la réponse, un des deux hommes, le plus gros, écarta Pedro du passage et ils pénétrèrent dans la maison en exigeant qu'on aille la chercher sur le champ. Ce ne fut pas la peine, Josefa se trouvait déjà dans la pièce. Elle avait dormi toute habillée. Dans ses vêtements froissés où s'accrochaient encore des brindilles de paille, elle offrait l'image grotesque et pathétique d'une enfant maltraitée. Ses petits pieds nus, desquels les alguazils n'arrivaient pas à détacher leur regard, dessinaient deux formes claires sur les dalles sombres.
Elle acquiesça lentement de la tête.
- Que lui voulez-vous ? - hurla Juana que le bruit avait enfin réveillée - laissez-là tranquille, elle n'a rien fait.
- Ce n'est pas à vous de le dire mais au Tribunal du Saint Office de Cordoue où nous l'emmenons.
Le nom du tristement célèbre Tribunal sonna comme un coup de glas aux oreilles des Infante. Aussi loin qu'ils pouvaient remonter, pas un de leurs ancêtres n'était de confession judaïque ou morisque. Ils avaient toujours été de bons chrétiens et de loyaux serviteurs de la couronne. Et puis, pourquoi Josefa, à peine sortie de l'enfance ?
- Faites venir toutes les personnes qui vivent ici, demanda le gros alguazil.
- Il n'y a que nous trois et un enfant d'un an et demi. Faut-il l'amener lui aussi ? s'enquit Pedro.
Josefa n'avait pas proféré une parole. Juana lui jeta un châle sur les épaules et la força à s'asseoir sur une chaise. Elle s'installa debout, derrière elle, pressant doucement ses épaules de ses mains tendres. Ils entendirent le bruit d'une cavalcade où se mêlaient des éclats de voix remonter la rue. Le martèlement des sabots s'arrêta devant leur porte. Un soldat parut dans l'embrasure et indiqua aux deux alguazils qu'ils avaient déjà procédé à l'arrestation de l'autre prévenu.
Josefa fut autorisée à prendre quelques effets personnels que sa mère avait roulés dans un baluchon de fortune puis, sans opposer aucune résistance, elle fut conduite jusqu'à la voiture carcérale qui attendait dans la rue. Aucune ouverture ne permettait au prisonnier de voir ni d'être vu. Ainsi, ni elle ni ses parents ne purent savoir l'identité de son compagnon d'infortune dont la voiture était rangée derrière celle où on la faisait monter.
- Je suis sûre que c'est une erreur, tout va s'arranger, lui cria Juana.
Ses dernières paroles se perdirent dans un coup de tonnerre attardé et dans le fracas des essieux qui se mettaient en branle. Un nuage gorgé d'eau se mit à vomir sur eux une pluie tiède qui ressemblait à des larmes.
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Une femme lança une plainte de quelque part, une autre lui répondit. L'écho de leurs voix déchirées résonna sur les parois lisses de la prison de Cordoue tirant Josefa d'une torpeur moite entrecoupée de cauchemars. Un rai de lumière tombant de l'étroite ouverture de sa cellule lui écorcha la joue, elle porta une main sur la blessure imaginaire et se rappela où elle était. Elle n'avait pas envie de se lever, elle n'avait ni faim ni soif, juste un peu chaud peut-être mais, elle ne savait pas très bien. Quand enfin elle se redressa la lame de lumière sembla la couper en deux blessant ses yeux meurtris par les pleurs. Elle ne se souvenait pas d'avoir un jour pleuré autant. C'était une sensation étrange que d'être secouée par les sanglots et de ne rien pouvoir faire pour les arrêter. Elle avait à peine touché la nourriture qu'on lui avait apportée et une mouche y avait abandonné un essaim de petits œufs blancs qu'elle contemplait avec fascination. Soudain, elle reconnut les pas du gardien remonter le couloir et la clameur des femmes s'amplifia. Elle tendit l'oreille et essaya de distinguer vers où ils se dirigeaient. Une clé tourna dans la serrure.
Josefa fut conduite dans une pièce plus grande mais à peine plus éclairée et meublée que sa cellule. Derrière une grande table, l'inquisiteur était déjà installé et ne sembla pas remarquer sa présence, il continua de s'entretenir à voix basse avec deux religieux. Le notaire chargé d'établir le procès-verbal lui fit signe de s'avancer jusqu'au centre de la pièce. L'inquisiteur releva enfin la tête vers elle et elle s'étonna de lui trouver un visage normal, presque avenant.
- Nom, prénom, date et lieu de naissance ? demanda-t-il d'une voix atone
- Josefa Infante Estebán, je suis née Jaén en septembre 1539, je ne connais pas la date exacte.
- Donne-moi le nom de tous tes ascendants aussi loin que tu puisses te souvenir.
- Mon père s'appelait José Infante Blasquez, ma mère Juana Estebán Aceituno.
- Ta mère ne porte pas le même nom que ton père ?
- Non, mon père est mort quand j'étais encore enfant, ma mère est remariée avec Pedro Aceituno, naturel de Saragosse.
- Il est mort lors d'une expédition au Mexique.
L'inquisiteur hocha la tête. Elle donna tous les noms de ses grands-parents et arrières grands-parents, s'arrêtant par moment pour réfléchir, se reprenant quand elle se trompait. Puis à un moment elle murmura qu'elle ne savait plus. Pendant ce temps le notaire notait avec une application presque imbécile tout ce qu'elle disait.
- Tu n'as donc aucun ancêtre juif ou morisque ? conclut l'inquisiteur.
- As-tu reçu une éducation religieuse catholique ?
- Oui bien sûr, je vais à la messe régulièrement et mes parents aussi.
- Récite-nous le Notre Père et le Je Vous salue Marie.
Josefa s'exécuta sans buter sur un seul mot des saintes prières.
Josefa déstabilisée, vacilla un instant sur ses jambes fatiguées puis elle se reprit.
- Le père Don Isidorio, le prêtre de mon village.
- Oui, répondit Josefa, je ne saurais permettre à quiconque d'en douter.
- Pourquoi as-tu éprouvé le besoin d'apprendre à lire ?
Josefa commençait à accuser la fatigue de l'interrogatoire et elle éprouvait de plus en plus de difficultés à comprendre où l'Inquisiteur voulait en venir et à répondre sans hésitation.
- Je voulais pouvoir écrire le nom des plantes qui se trouvent dans mon herbier et parfaire mes connaissances en botanique
- Le fait de connaître leur nom ne te suffisait-il donc pas ?
Pour la première fois depuis le début, Josefa ne répondit pas. Elle aurait eu envie de dire qu'il fallait croire que non mais elle mesura l'impertinence de ces dernières paroles et choisit de se taire. Les quatre hommes assis en face semblaient scruter la moindre de ses réactions. Le notaire avait cessé d'écrire depuis un moment mais, il tenait toujours sa plume en l'air comme un prolongement saugrenu de ses doigts noueux.
- Sais-tu pourquoi tu as été arrêtée ?
- Nous avons pourtant en notre possession suffisamment d'indices qui nous permettent d'affirmer que tu as eu une conduite contraire à celle d'une bonne catholique et que tu as offensé notre Seigneur. Nous te conseillons vivement d'avouer tes péchés et de t'en repentir humblement devant Dieu si tu veux garder ton honneur et retrouver les tiens dans les meilleurs délais.
Le ton de sa voix s'était imperceptiblement durci et Josefa se rappela les mises en garde de Don Isidorio. Elle commençait confusément à entrevoir ce qu'on lui reprochait mais l'explication lui paraissait improbable. Nulle part il n'était écrit qu'un bon chrétien ne devait pas savoir lire.
- Par contre, si tu t'obstines à garder le silence tu seras sévèrement châtiée.
- Si en apprenant à lire j'ai péché, je l'ignorais et je m'en repens sincèrement mais je vous implore de me croire quand j'affirme ne pas avoir manqué une seule fois à mes devoirs de chrétienne…
- Je crois que tu as encore besoin de réfléchir pour retrouver la mémoire !
L'inquisiteur fit un signe en direction du gardien pour lui indiquer que l'interrogatoire était terminé et qu'il pouvait la reconduire dans sa cellule.
Josefa sortait des interrogatoires le cerveau vide, sans autre envie que de se jeter sur le banc de pierre qui lui servait de couche et de fuir son calvaire dans le sommeil. Elle avait peu a peu perdu la notion du temps écoulé et, elle ne savait plus avec exactitude depuis quand elle croupissait dans cette cellule aux voûtes basses. Les journées étaient rythmées par les repas qu'on lui apportait à heures régulières et qui satisfaisaient amplement les exigences de son estomac noué par la peur. Parfois, on la laissait tranquille plusieurs jours et elle s’abandonnait à l’espoir insensé que l’inquisiteur l’avait oubliée. Certaines semaines, elle était interrogée jusque deux ou trois fois dans la même journée c’est pourquoi elle ne fut pas étonnée quand le gardien vint la chercher de nouveau ce jour là. Elle sentit son cœur défaillir d’angoisse quand elle s’aperçut que l’homme ne prenait pas le même chemin que d’habitude.
- Au parloir, lui répondit-il sans autres précisions.
Elle n'avait jamais vu l'homme d'âge mûr qui était assis derrière la grille qui séparait les visiteurs des prisonniers. C'était, à en juger ses élégants vêtements, un homme de rang élevé. Une timidité soudaine et inexpliquée s'empara d'elle quand elle se retrouva seule avec lui.
- Tu dois te demander quels sont les raisons de la visite d'un homme de ma condition à la modeste petite paysanne andalouse soupçonnée d'hérésie par le Tribunal du Saint Office… commença-t-il.
Dans sa voix perçait une gêne à peine dissimulée. Il marqua une pause et Josefa, suspendue à ses lèvres, pressentit que rien ne serait plus jamais comme avant.
- Il y a quelques dix-huit ans, ma fille unique, s'est amourachée d'un jeune morisque dont la famille s’était reconvertie quelques décennies auparavant. C’était un jeune homme cultivé mais fantasque qui prétendait avoir trouvé le secret de la vie éternelle. Il avait mis dans la tête de ma pauvre fille que leur union scellerait à jamais leur immortalité. Des fadaises, qu’elle s’est empressée de croire, bien sûr. Afin d'éviter que cette toquade n'ait de funestes conséquences sur l'honneur de notre famille, j'ai fait le nécessaire pour mettre un point final à cette malheureuse histoire. L'homme a été arrêté, jugé et il a été brûlé vif pour sorcellerie mais, l'irréparable avait été commis et ma fille était grosse des oeuvres de ce païen. Nous l'avons éloignée le temps qu'elle accouche puis, je l'ai fait enfermer dans un couvent où elle s’est pendue peu de temps après. J'ai envisagé de tuer l’enfant de mes propres mains - sa voix s'étrangla – mais je n'ai pas pu, alors je l'ai remis à une personne de confiance en lui demandant de l'abandonner dans un lieu où on ne le retrouverait jamais, ce n'est pas les endroits solitaires qui manquent dans ce pays puis, j’ai oublié son existence. Le destin m’a rattrapé il y a trois ans sur une de ces maudites routes qui serpentent dans les montagnes de Jaén sous les traits d’une jeune paysanne accompagnée d’un âne gris. Elle ressemblait tellement à ma pauvre fille et si peu à celle qui prétendait être sa mère que j’ai compris que cet enfant n’était peut-être pas mort comme je l’avais toujours cru.
- Comment m'avez-vous retrouvée ? demanda Josefa submergée de colère. Pourquoi venez-vous me confesser ça maintenant ? Pensez-vous que ma misère n'est pas assez grande pour venir me tourmenter jusque dans ma geôle ?
- Le domicile de tes parents a été fouillé après ton arrestation et on a retrouvé le lange dans lequel tu étais enveloppée et que cet imbécile avait oublié de faire disparaître. Ils ont interrogé tes proches qui ont avoué que tu avais été trouvée et ils sont remontés jusqu'à moi. Le Saint Office n’a rien retenu contre moi car ils n’ont pu clairement établir la vérité ce lange n’étant en rien une preuve formelle de notre lien de parenté et quand bien même, en quoi puis-je être coupable des égarements de mes enfants ? Personne n’a jamais su que ma fille avait eu un enfant et l’homme que j’avais chargé de te faire disparaître est mort depuis longtemps. C’est moi qui ai voulu te rencontrer pour te convaincre de confesser tes fautes et de t’en repentir. Tu t’en tireras avec une pénitence légère sinon, tu finiras tes jours en prison car je crains que les charges qui pèsent contre toi ne soient très lourdes.
- Vous avez voulu me tuer et maintenant vous voulez me sauver, vous n’êtes vraiment pas à une contradiction près !
- Je ne vis plus, je ne dors plus. Le souvenir de ma fille me torture, il n’y a pas un jour où je ne pense à elle et quand je ferme les yeux c’est pour mieux voir les tiens grands ouverts qui me fixent intensément dans la pénombre, illuminant ma faute de ton insondable regard de nourrisson.
Josefa secoua la tête dans un geste d’amertume désabusé.
- Si je comprends bien vous me demandez de m’accuser d’actes que je n’ai pas commis pour mieux alléger votre conscience ? Laissez-moi à ma peine et allez rejoindre les vôtres.
Jaime Guzman se releva et Josefa le trouva soudain très vieux et moins grand qu'elle n'aurait cru.
- Pense que si tu ne te repens pas ton déshonneur rejaillira sur ta famille. Ils ne vous lâcheront pas, ils ne lâchent jamais leur proie.
Il ébaucha un geste en sa direction mais, sa main tendue pour une caresse inattendue retomba dans le vide. Il la contempla encore un instant puis, tourna les talons, appela le gardien et sortit pour toujours de la vie de Josefa.
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Elle rabattit le drap sur sa tête et se lova dans le creux du lit comme un petit chat frileux. Une sensation de douceur oubliée l'enveloppait annihilant sa souffrance et sa honte. Toute sa vie avait été fouillée, pillée, étalée au grand jour et vautrée dans le mensonge. Il ne restait plus rien de ses herbiers, de ses notes, ni de ses plantes odoriférantes, confisqués par le Saint Office comme preuves irréfutables de sa dépravation et de son commerce avec le diable. "Il était temps que tu avoues, lui avait dit le juge, pour te débarrasser de toute cette boue qui corrompt ton âme et aveugle ton esprit ". Parce que, de guerre lasse, elle avait fini par abjurer. "Oui elle s'était glissée aux lisières de la sorcellerie en utilisant ses talents de botaniste à des fins inavouables, oui elle s'était adonnée au péché de la chair avec un représentant de l'église en échange d'un savoir dont une paysanne n'avait pas besoin, oui elle se repentait par amour de Dieu très miséricordieux, oui elle attendait humblement son châtiment et son pardon pour enfin pouvoir le regarder sans rougir". Le pire cependant, fut cette terrible confrontation avec Don Isidorio qu'elle eut toute les peines du monde à reconnaître tant il était amaigri. Sur son corps ravagé, elle devina les stigmates des tortures auxquelles, par miracle, elle avait échappée.
- Cet homme prétend avoir eu des relations coupables avec toi – gronda l'inquisiteur – est-ce vrai ?
- Non, se défendit-elle, jamais un homme ne m'a encore touchée, je vous le jure devant Dieu !
- Ne parjure pas, lui lança Don Isidorio.
Puis, se tournant vers l'inquisiteur il déclara d'une voix qui ne tremblait plus :
- J'ai agi contre sa volonté, elle ne voulait pas et je lui ai dit que si elle en parlait à quiconque tous les malheurs du monde lui adviendraient.
Elle comprit qu'il agissait ainsi pour la sauver. Anéantie, elle respecta son choix, sachant que le prêtre scellait définitivement son destin. Elle s'accusa de toutes ces horreurs ni par lâcheté face aux menaces de tortures ni par crainte d'un châtiment plus exemplaire mais, parce que elle avait repensé pendant des jours aux dernières paroles de Jaime Guzman et qu'elle n'avait pas voulu que l'Inquisition s'en prenne aux siens. En raison de son jeune âge et de sa bonne volonté elle ne fut punie que d'une peine somme toute légère en regard des accusations qui pesaient contre elle. Don Isidorio, par contre,n'échappa que de justesse à la peine capitale et acheva son existence, reclus dans l'obscurité d'un triste cachot andalou.
La vie qu'elle menait depuis son retour au village lui était devenue intolérable car, si elle pouvait cacher aux regards curieux les traces des cent coups de fouet qui lui avaient été infligée elle ne pouvait par contre, éviter les commentaires désobligeants ou apitoyés des villageois quand elle sortait affublée du san-benito, la tunique d'infamie des hérétiques, qu'elle était condamnée à porter pendant deux ans. Elle tournait en rond dans la maison devenue trop petite. Par les persiennes entrouvertes, elle s'immisçait dans des bribes de vie entrevue auxquelles elle ne participait plus, saisissant au vol quelques paroles anodines arrachées à des voix familières qui passaient dans la rue. En face, la maison des Lopez était restée obstinément close, désertée par ses occupants qui avaient fui leur trahison.
Elle se glissa hors de son lit et descendit rejoindre sa mère, sans un regard dans le petit miroir qui renvoya au néant sa tête menue dont les cheveux commençaient juste à repousser.
Juana ne fut pas étonnée quand sa fille lui fit part de sa décision de quitter le village le temps d'accomplir sa pénitence et d'oublier son humiliation. Elle avait choisi de s'installer chez sa grand-mère à Jaén dont la raison défaillante nécessitait à présent une présence quotidienne.
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Le grondement annonciateur de l'éboulement, ne lui laissa pas le temps de se mettre à l'abri, une première pierre, presque aussi grosse qu'elle se détacha de la falaise et roula devant les sabots de l'âne qui se cabra, désarçonnant sa cavalière. Puis, tout le pan de rocher fragilisé par les dernières pluies glissa sur la route et sauta dans l'immense ravin dans un enchevêtrement de pierres, de boue et d'arbres brisés. L'écho de la catastrophe se propagea dans la vallée déserte couvrant la fuite échevelée d'un petit âne gris qui fuyait le malheur des hommes la bave aux naseaux.