Le Cap Ferret Sous la Pluie
Publié le 10 Juillet 2006
François et Jean, deux jeunes lot et Garonnais, profitent de leurs premiers congés payé pour découvrir la mer en août 1936
Pour lire l'épisode précédent, cliquez ici

Escalumade sur le Cap Ferret
11 août 1936 : pas de chance, ce matin il pleut ! Le mauvais temps est arrivé très vite hier soir alors que nous finissions tout juste de visiter la Ville d'Hiver avant de prendre le bateau pour le Cap Ferret. Déjà, quand nous sommes redescendus de la Dune, un halo de ouate brumeuse, venu du large, commençait à absorber le Cap Ferret. Bientôt, nous n'avons plus distingué que le phare qui domine l'Escourre de la Douane au Mimbeau. Le bleu du ciel avait pris une tonalité fatiguée à laquelle nous n'avons guère prêté attention. Pour un lot et garonnais, c'est presque une fatalité estivale, la chaleur d'août appesantit souvent le ciel d'humidité. L'orage nous a surpris sur le bateau qui assure la liaison entre Arcachon et le Cap Ferret. Malédiction ! nous avons monté la tente sous des trombes d'eau et nous étions trempés !

Les Façades de la Ville d'Hiver (Bullotin)
Pour passer le temps, j'ai lu "La guerre de Troie n'aura pas lieu" de Giraudoux et Jean a terminé les croquis des maisons de la Ville d'Hiver. Il est doué Jean, le pire c'est qu'il ne le sait même pas. Il dessine comme d'autres respirent, sans réfléchir, de manière instinctive et spontanée. Quand nous étions encore à l'école, le maître, exposait toujours ses dessins sur les murs de la classe. "Tu devrais prendre des cours" lui disait-il toujours. "Pourquoi faire ?" répondait Jean interloqué. Le maître ne savait jamais quoi lui dire, il n'y avait d'ailleurs rien à dire. Depuis, le maître a pris sa retraite, il a emporté sa vieille mappemonde qui me faisait rêver et les dessins de Jean.

Maison de la Ville d'Hiver
Des maisons comme ça, nous n'en avions jamais vu. Il faut imaginer un mélange alambiqué de styles arabo-andalous et asiatiques, délicieusement exotique et résolument somptueux. J'ai regardé Jean reproduire avec précision, les détails d'un pignon de toiture et les débauches de fantaisies d'une terrasse à colonnades puis par touches légères ajouter la couleur avec crayons Caran d'Ache que le maître lui avait offerts et dont il ne sépare jamais. Puis j'ai continué à lire. L'orage roulait encore au loin quand nous nous sommes endormis.
Et bien, vous savez quoi ? Même sous la pluie le Cap Ferret est beau ! Nous avons passé la matinée à nous promener pieds nus dans la conche entre le Mimbeau et la presqu'île. De là, la Dune nous semblait d'un coup devenue minuscule et l'infini douceur du ciel et de l'eau nous happait comme ce promeneur égaré entre les pignots.
