Le Banc d'Arguin (2)
Publié le 9 Juillet 2006
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Le Banc d'Arguin
Il faut imaginer une étendue qui émerge à peine à marée haute. A marée basse, l'eau en se retirant crée d'innombrables petits chenaux qui modèlent le sable en savantes arabesques et abandonne çà et là, des flaques d'océan dont la couleur varie selon les heures et la lumière. Le Bassin est un monde bleu-vert qui se teinte de rose et de mauve quand vient le soir et qu'illumine l'or du sable et du soleil. D'ici, la Grande Dune nous semblait bien petite et plus que jamais, perdus aux portes de l'Océan qui s'ouvraient devant nous, j'ai eu le sentiment que l'homme était peu de chose.
Nous nous sommes mis à marcher, un peu au hasard, sans nous presser, sans faire de bruit pour ne pas altérer cet espace nu offert aux caprices du vent et de la mer.
D'abord, nous avons rencontré quelques hommes qui parlaient peu eux aussi, trop affairés à en faire le plus possible avant que la marée ne remonte.
- L'ostréiculture est en plein essor, nous a expliqué Pablo. C'est une activité curieuse, mi-marine, mi-terrienne. Les exploitants se déplacent sur les parcs avec des petits bateaux comme celui qui nous a menés ici ou avec des bacs à voile qui offrent un faible tirant d'eau. Vous voyez ces casiers couverts d'un grillage, ce sont des "ambulances", c'est là que sont entreposées les huîtres. Quant à ces branchages qui constellent ce parc, ce sont des "pointus", pour éviter que les tères, une espèce de grosse raie, ne dévorent les huîtres. Mais, de plus en plus on utilise des piquets de bois, "les pignots". Les tères ne savent pas nager verticalement, donc elles ne peuvent franchir ces barrières.
Ensuite nous avons croisé des oiseaux, Pablo nous en a dit le nom, mais je les ai tous oubliés ce soir et je n'ose, de peur de passer pour un idiot, les lui redemander. Jean dessinait, il avait même oublié de nous assassiner les oreilles avec les dernières chansons à la mode tant il s'appliquait.
Après, nous avons encore marché et nous avons goûté nos premières huîtres. Jean a adoré, moi pas. La forte décharge d'iode sous ma langue m'a soulevé l'estomac. Les autres riaient en voyant mes grimaces. "Allez ! Essaye encore une fois !" à la troisième j'ai demandé grâce.
A la fin, nous sommes revenus parce que la marée remontait.
Pablo est resté avec nous ce soir. Les cigales s'époumonaient dans les pins. L'air était si doux que nous avons tirés nos sacs hors de la tente.
Pablo a pris sa guitare et s'est mis à chanter…
Negras tormentas agitan los aires
nubes oscuras nos impiden ver.
Aunque nos espere el dolor y la muerte
contra el enemigo nos llama el deber.
El bien más preciado
es la libertad
hay que defenderla
con fe y con valor.
Alza la bandera revolucionaria
que llevara al pueblo a la emancipación
En pie obrero a la batalla
hay que derrocar a la reacción
A las Barricadas!
A las Barricadas!
por el triunfo
de la Confederación.