Les villages ostréicoles
Publié le 9 Juillet 2006
François et Jean, deux jeunes lot et garonnais, profitent de leurs premiers congés payés pour découvrir la mer en août 1936. Pablo, un jeune espagnol qui a fui la guerre qui fait rege en Espagne, s'est joint à eux.
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13 août 1936 : En Lot et Garonne il y a des champs de tabac et des séchoirs aux flancs de bois qui embaument les nuits quand la chaleur s'attarde. Il y a aussi des prunes d'ente gorgées de jus sucré qui vous coule sur le menton quand on mord dedans, des senteurs lourdes de campagne prospère et de bêtes bien nourries. De la pêche, je ne connaissais que les rives calmes du Lot et le cours capricieux de Garonne d'où, les jours de chance, on ramène parfois une alose goûteuse que ma mère cuisine dans une sauce au vin. C'est curieux, moi je suis plutôt "Vallée du Lot" et "Pays de Serres", Jean préfère la vaste plaine après le Confluent, où Garonne grossie du Lot pousse son cours puissant jusqu'à son embouchure. Ici, je ne retrouve rien de ma terre natale et pourtant c'est comme si j'étais né dans cette petite cabane de pêcheur et qu'un vol de bernaches avait salué mon premier cri.

Village du Canon
A quelques coups de pédale du Cap ferret, s'alignent, côté Bassin, une enfilade de petits villages en bois. Ce ne sont pas des gens très riches qui vivent ici, ça se voit bien, mais on y respire un je ne sais quoi qui fait du bien, comme une simplicité de vivre qui force le respect. Dans les ruelles s'amoncelle un bric à brac organisé de matériel de pêche, d'objets usagés et indéterminés. Les roses trémières s'élancent le long de façades hétéroclites, qui ouvrent leurs petites fenêtres discrètes sur une potée de géraniums rouges.
Nous passons, discrètement pour ne pas déranger, mais si près que les portes entrebâillées nous laissent deviner un peu de la vie de leurs occupants. Les hasards de nos déambulations tranquilles nous amènent devant un petit estaminet qui ne paie pas de mine. Le bois de la porte est rongé par le sel et les intempéries mais, Pablo nous tire à l'intérieur. Son allure de gosse de riche ne semble surprendre personne, pas plus que notre présence incongrue de campagnards à la mer. Le patron redresse sa casquette d'un doigt pour nous saluer, il échange une longue poignée de main silencieuse avec Pablo. Nous comprenons qu'il est en territoire connu.
Nous sommes régalés de daurades grillées et de vin blanc sec qui tourne la tête et délie les langues. Je refuse les huîtres. Nous apprenons des nouveaux mots qui chantent à nos oreilles comme un étrange dialecte anciens. "Naissains, captage, esteys". L'après-midi est déjà avancée quand nous reprenons nos bicyclettes.
Dans une grande gerbe d'écume, Pablo a plongé entièrement nu dans les vagues fraîches. Nous hésitons, mais pas longtemps.
Le ciel se nimbe de nuages hauts qui rosissent dans le soleil couchant.
A Suivre...
