Gujan Mestras

Publié le 9 Juillet 2006



    François et Jean, deux jeunes lot et garonnais, profitent de leurs premiers congés payés pour découvrir la mer en août 1936. Pablo, un jeune espagnol qui a fui la guere qui fait rage en Espagne, s'est joint à eux.

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Port de Larros, Gujan Mestras


    15 août : J'avais dans la tête l'image "carte postale" ou "marine nostalgique" d'un port de pêche. Je découvre petit à petit que toutes ces images d'Épinal de petit campagnard naïf ne correspondent pas à la réalité. C'est comme partout, il y a un envers et en endroit, ce qu'on vous montre et ce qu'on vous cache. Bien sûr que la mer c'est les petits bateaux qui dansent sur l'eau, le grelot des gréements dans le vent, des objets inconnus, presque exotiques que l'on trouve beaux mais qui ne sont que des outils de travail, comme chez nous le soc des charrues et les jougs des bêtes de labour. Les voiles immaculées des élégants voiliers qui glissent sur l'eau ont beau nous éblouir de leur blancheur aveuglante, elles ne s'approchent jamais assez d'ici pour nous dissimuler complètement la laideur laborieuse de ces communes ouvrières où les enfants courent nus pieds en disant des gros mots. D'ailleurs, je ne suis pas si sûr que le mot "laideur" soit juste pour qualifier les ports de Gujan. Car, il y en dans ces paysages industriels une dimension humaine qui me touche et qui m'émeut parce qu'elle ressemble à ce que je suis, à ce que j'ai toujours connu. Plus qu'ailleurs, sur le Bassin, l'affairement des hommes est palpable. Le port de Larros où nous venons de mettre pied à terre grouille comme une fourmilière au zénith de l'été. Toujours ce même alignement de cabanes de pêcheurs, d'amoncellement de cordages et de filets.


Port de La Barbotière, Gujan Mestras


        Jean croque dans une perspective parfaite la ligne de fuite du chenal. Et puis, comme toujours, cette odeur d'embruns et de vase que j'avale goulûment pour ne pas les oublier.



 

    Fin de journée, dernière soirée. De la jetée nous avons observé le va et vient incessant des ostréiculteurs sur leur bateau. Le ciel moutonne de petits nuages.


Ostréiculteurs, Gujan Mestras


        Jean jette ses derniers croquis sur des feuilles que tente de lui arracher la brise. L'une d'elle s'échappe et virevolte sur le sable. Pablo la rattrape d'une main preste avant qu'elle ne touche l'eau.

              - Celui-là, il est pour moi, je le garde - s'exclame t-il triomphant ? Tu veux bien, hein, dis ?

Jean lui décoche son plus beau sourire de grand gaillard simple.

              - Il est à toi, tu l'as sauvé des eaux ! - Mais un voile de tristesse passe devant ses yeux, altère un peu sa voix avant de reprendre ? Et moi, que vais-je emporter de toi qui ne s'altère pas ? Je ne peux même pas dessiner ta voix quand tu chantes?

              - Dessine-moi en train de chanter, lance Pablo railleur pour masquer l'émotion qui s'est emparée de lui.

Jean lâche aussitôt un dégradé de bleu et lui tend sa guitare. Je les regarde faire, le tableau qu'ils forment ferait une jolie photo : une photo de Jean qui fait le portrait de Pablo dans l'été qui resplendit. Je leur fais part de ma réflexion. Pablo se touche le front, comme frappé par une idée soudaine.

              - Vaya ! je l'avais complètement oublié.

Il se glisse vers les bicyclettes enchevêtrées et, d'une des innombrables poches de son sac à dos, il tire une petite housse de cuir souple.

              - Tiens l'écrivain, un bon chroniqueur se doit d'illustrer ses dires par des clichés dignes de ce nom.

C'est un appareil photo de marque Agfa comme on commence à en voir. Il m'en explique rapidement le fonctionnement. Mise au point, sélection de la vitesse. Je vise, je cadre, j'appuie sur le déclencheur. Fermeture, ouverture de l'obturateur. Je tourne et retourne l'objet entre mes doigts. Il vient de se passer quelque chose mais je ne sais pas quoi.

              - Garde-le François, je te l'offre, je ne m'en sers jamais, je sens que tu en feras un meilleur usage que moi.

Je proteste, mais vaguement, pour la forme je dois dire. Je risque un "Muchas gracias" hésitant qui fait exploser de rire l'espagnol.

              - Ton accent est bizarre, les français ont un accent bizarre quand ils parlent espagnol !

Je hausse les épaules. Vais-je m'habituer à ne plus entendre le sien qui teinte son français parfait d'une pointe d'étrangeté indéfinissable ?

                                                                                        A Suivre...

 
 
 



Rédigé par khassiopee

Publié dans #Eté 36 : De Clairac au Bassin d'Arcachon (récit )

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B
Et oui, ainsi va la vie sur le bassin. Entre tourisme et difficulté économiques
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F
L'espagne, l'appareil photo, Gujan Mestras, des lieux, des objets qui me parlent.<br /> Amitiés<br /> Fabrice 
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M
Ah je suis contente depuis le temps que j'attendais sauf que maintenant il faut que j'attende de nouveau pffffffffff
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M
Le lien qui unit les jeunes s'étoffe, c'est beau...
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B
Toujours aussi magnifiques tes photos!
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